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Fraternité Saint Pierre - Val de Marne Communauté attachée à la liturgie traditionnelle, bénéficiant du Motu proprio " Ecclesia Dei " du 2 juillet 1988 de S.S. Jean-Paul II |
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Eglise Saint André 22 Avenue de Verdun 94410 Saint Maurice |
Bulletin de Decembre 2006 |
« Réjouissez-vous ! Je le répète : Réjouissez-vous ! » Vous aurez reconnu, bien sûr, les mots de l‘introït du 3ème dimanche de l’Avent, tirés de l’épître aux Philippiens (4, 4-1). C’est une touche particulière de ce temps liturgique, qui n’échappe à personne, jeunes et anciens. La joie. Pas la joie tapageuse et superficielle, bon marché ou chère payée, promise par les spécialistes estampillés du « divertissement ». Il est triste de voir comment notre société est ballottée entre d’une part le goût de l’horreur, la fascination de la catastrophe, l’intérêt exagéré pour tout ce qui ne va pas dans la monde (il suffit de regarder ce qui retient l’attention des grands moyens de communication) et d’autre part cet étourdissement dans les jeux, le strass et les paillettes. Il ne s’agit pas de s’enfermer et de refuser de voir le monde tel qu’il est, dans sa diversité, dans ses contradictions multiples, mais de garder du recul, de prendre de la hauteur, d’essayer d’avoir un regard de foi. La vie chrétienne est toujours située sur un sommet, entre deux pentes abruptes. Et gare à ceux qui ont le vertige !!
La perte de la joie est un signe inquiétant pour notre vie spirituelle. C’est un fruit précieux du Saint-Esprit, le deuxième dans la liste établie par Saint Paul dans l’épître aux Galates (5, 22-23) et retenue par la tradition . Si nous vivons pleinement notre vie chrétienne, vie d’union au Père par le Fils dans l’Esprit -mystère trinitaire hors duquel il n’y a pas de vie chrétienne et pas de christianisme non plus- si nous vivons vraiment unis à Dieu par la grâce et la charité, alors nous goûterons infailliblement la joie parfaite dont Saint François d’Assise nous donne un exemple lumineux, lui qui était conscient des malheurs de son temps (y compris ceux de l’Eglise) mais qui transforme en objet de louange ce qui est pour le commun des mortels objet de colère ou de dépit : « Loué sois-Tu mon Seigneur … »
Voilà la vraie joie, consciente des difficultés présentes, à commencer par nos propres limites, péchés et négligences –dont souffre, hélas, le corps ecclésial tout entier-, et inébranlablement confiante en Dieu et en son amour. Chesterton disait que « la joie est le secret gigantesque du chrétien ». Celui-ci sait en effet que le Christ porte avec nous la souffrance et la mort, suites du péché, et leur donne d’être instruments de salut. Les épreuves ne sont plus un obstacle à la joie. Une souffrance physique ou morale, ou spirituelle sera toujours un obstacle au bien-être physique, moral ou spirituel, mais pas à la joie. Le Christ ne nous a-t-il pas annoncé : « Bienheureux ceux qui pleurent ! » ? Les exemples des saints sont trop nombreux pour que nous puissions en douter, et sans doute aussi notre propre expérience nous en a-t-elle donné l’illustration. Pourquoi le monde pense-t-il que le chrétien n’est pas joyeux, qu’il ne peut pas l’être, qu’au mieux il fait semblant ?
Cultivons cette joie simple. Fuyons l’aigreur et tout ce qui trouble cette joie sainte : la pusillanimité, le découragement, la jalousie, l’esprit de critique, l’impureté (en regards, désirs ou actions). « Bienheureux les cœurs purs, car ils verront Dieu ! ». Et n’oublions pas que sans la grâce de Dieu, nous ne pouvons rien ; c’est pourquoi nos efforts doivent être portés par la prière. Ne négligeons pas la prière de demande, la supplication, manifestation et exercice d’humilité et de confiance. Et pour vivre dans la joie, demandons l’amour des commandements de Dieu et le désir des biens qu’Il promet, comme l’exprime la magnifique collecte du 4ème dimanche après Pâques : « Deus qui fidelium mentes unius efficis voluntatis, da populis tuis id amare quod praecipis, id desiderare quod promitis ; ut inter mundanas varietates ibi nostra sint corda ubi vera sunt gaudia ». « O Dieu, qui unissez les âmes de vos fidèles dans une même volonté, donnez à votre peuple d’aimer ce que Vous commandez et de désirer ce que Vos promettez, afin qu’au milieu des multiples attraits de ce monde nos cœurs demeurent fixés là où sont les vraies joies. Par le Christ Notre-Seigneur. Amen. ».
Abbé H. de MONTJOYE dd
Considérons cette Tradition dans le miroir de la pensée de Thomas d’Aquin qui a recueilli de façon magistrale l’héritage de l’Antiquité et des Pères pour en faire la synthèse. D'après lui, il faut chercher la racine du désespoir dans la soi-disant « acedia », que nous traduisons habituellement, faute de mieux, par « indolence » (Trägheit) - de toute façon, la signification en est beaucoup plus profonde que la simple paresse entendue comme manque d'envie de faire quelque chose. D'après Thomas, cette indolence métaphysique est identique à la « tristesse de ce monde » dont saint Paul dit qu'elle conduit à la mort (2 Co 7, 10). Qu'en est-il de cette mystérieuse tristesse de ce monde? Il n'y a pas très longtemps, ce mot pouvait nous paraître obscur, voire irréel, car on avait l'impression que les enfants de ce monde étaient beaucoup plus joyeux que les croyants, eux-mêmes tourmentés par des scrupules de conscience qui les empêchaient de jouir allégrement de l'existence, et regardant avec un peu d'envie les incroyants qui habitaient apparemment sans angoisses et sans hésitations le jardin paradisiaque de la félicité terrestre. La désertion massive de l'Église tenait justement à ce que les gens voulaient être enfin délivrés de ces pénibles limites qui semblaient leur interdire non pas seulement un arbre du jardin, mais à peu près tous les arbres... On avait l'impression que seule l'incroyance pouvait libérer et conduire à la .joie. A de nombreux chrétiens des temps modernes, le joug du Christ ne paraissait pas du tout « léger » ; ils le trouvaient même beaucoup trop lourd, du moins tel que l'Église le leur présentait.
Maintenant que l'on a pleinement savouré les promesses de la liberté illimitée, nous commençons à comprendre à nouveau l'expression « tristesse de ce monde ». Les plaisirs interdits perdirent leur attrait dès l'instant où ils ne furent plus interdits. Même poussés à l'extrême et indéfiniment renouvelés, i1s semblent fades, parce qu'ils sont tous finis et qu'il y a en nous une faim d'infini. Aussi voyons-nous aujourd'hui précisément dans le visage des jeunes gens une étrange amertume, une résignation qui est bien loin de l'élan du départ juvénile dans l'inconnu. La racine la plus profonde de cette tristesse, c'est l'absence d'une grande espérance et l'inaccessibilité du grand Amour : tout ce que l'on peut espérer est connu, et tous les amours sont l'objet d'une déception due à la finitude d'un monde où les formidables succédanés ne sont que le piètre masque d'un désespoir abyssal. Et ainsi se concrétise chaque fois davantage la vérité que la tristesse du monde conduit à la mort : seul le flirt avec la mort, le jeu cruel de la violence est suffisamment excitant pour créer un semblant de satisfaction. « Si tu manges de cela, tu mourras » : depuis longtemps ce n'est plus une phrase mythologique (Gn 3, 17).
Après cette première approche de l'essence de la « tristesse de ce monde » ou encore de l'indolence métaphysique (acedia), regardons d'un peu plus près sa physionomie. L'anthropologie chrétienne tradition-nelle dit qu'une telle tristesse provient d'un manque de magnanimité (magnanimitas), de l'incapacité de croire à la grandeur de la vocation humaine qui nous est destinée par Dieu. L'homme n'a pas le courage d'atteindre sa véritable grandeur; il veut être «plus réaliste». L'indolence métaphysique serait par conséquent identique à la pseudo-humilité qui est devenue si fréquente aujourd'hui : l'homme ne veut pas croire que Dieu s'occupe de lui, le connaisse, l'aime, le regarde, soit à côté de lui.
I1 existe de nos jours une curieuse haine de l'homme contre sa propre grandeur. L'homme se considère comme l'ennemi de la vie et de l'équilibre de la création, comme le grand trouble-fête de la nature qui ferait mieux de ne pas exister, comme la créature manquée. Sa délivrance, et celle du monde, consisterait donc à se dissoudre lui-même, à éliminer l'esprit, à faire disparaître la spécificité de l'humain, pour que la nature retrouve son inconsciente perfection dans son rythme et sa sagesse propres, dans le cycle de la mort et du devenir
Joseph, Cardinal RATZINGER Regarder le Christ, éditions Fayard
(du 30 novembre au 8 décembre)
préparatoire à notre Consécration au Coeur Immaculé de Marie en la Fête de l’Immaculée Conception
(Prière de Fatima)
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Vierge Marie, Mère de Dieu et notre Mère, nous voulons nous consacrer à votre Coeur Immaculé pour être pleinement offerts et consacrés au Seigneur. Par Vous, nous serons présentés au Christ, votre Fils et Fils unique de Dieu, et, par Lui et avec Lui, à son Père Eternel. Nous marcherons a la lumière de la foi, de l'espérance et de l'amour pour que le monde croie que le Christ est l'envoyé du Père dont Il est venu nous transmettre la parole. Nous serons nous aussi ses envoyés afin de le faire connaître et aimer jusqu'aux confins de la terre. Ainsi, sous la maternelle protection de votre Coeur Immaculé, nous serons un seul peuple avec le Christ qui nous a acquis par sa Mort, témoins de sa Résurrection, et par Lui offerts au Père pour la gloire de la Très Sainte Trinité, que nous adorons, louons et bénissons. Ainsi soit-il.
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(Imprimatur, 8 décembre 1986, Albert évêque de Leiria-Fatima)
A u VIII° siècle, et encore au XII° siècle, lorsque les quatre dimanches de l’Avent étaient considérés comme les étapes d’un temps d’allégresse, tout à la joie de la venue prochaine du Rédempteur, le troisième dimanche était le point culminant de cette montée joyeuse vers Bethléem. Il porte le nom de « Gaudete » (ce qui signifie : « soyez joyeux ») en raison du premier mot de l’Introït[1]. Certes, parce qu’il est par excellence l’hymne de Noël, le « Gloria in excelsis Deo » ne réapparaît pas encore ; la liturgie romaine qui suspend les exercices pénitentiels le dimanche mais y célèbre cependant, depuis le début de l’Avent, en ornements violets et sans fleurs, tempère aujourd’hui ses rappels pénitentiels en prenant les ornements roses. « Par sa couleur, le symbole de la joie de l'Eglise, dont l'odeur figure les bonnes œuvres de la personne à honorer, alors que la rose elle-même, produite de la racine de Jessé, est mystiquement la fleur des champs et le lys de vallées dont parle l'Ecriture, c'est-à-dire Jésus né de Marie. »
Jadis, la station se faisait à Saint-Pierre de Rome où, pour l’occasion, le pape séjournait, y célébrait solennellement et y octroyait une gratification. Au milieu de la nuit, le pape et toute sa cour venaient à Saint-Léon pour se rendre à Saint-Grégoire où l’on encensait le maître-autel ainsi que les autels dédiés à saint Sébastien, à saint Tiburce et aux saints apôtres Simon et Jude, puis on se rendait vénérer le linge de sainte Véronique où, sur le chemin de la Croix, le Seigneur daigna imprimer sa face, et on encensait l’autel dédié à Marie. On montait ensuite, près de l’arc triomphal au Saint-Pasteur que l’on encensait, avant que de descendre encenser le tombeau de saint Pierre.
Les fiançailles de ceux qui se devaient marier après Noël étaient bénies au dimanche de Gaudete ainsi que les oriflammes et les bannières. Enfin, quand l'occasion se présentait, on sacrait ou couronnait les princes chrétiens.
Il ne reste souvent dans nos célébrations que l’emploi de la couleur rose. Les premiers chrétiens avaient boudé cette couleur parce que la fleur qu’elle rappelle avait une place de choix dans les cultes païens. Plus tard, le rose finit par entrer dans les symboles chrétiens, comme une image du martyr (saint Cyprien de Carthage, saint Jérôme) et de la pudeur (saint Jérôme). Si Tertullien et Clément d'Alexandrie avaient condamné les roses, saint Basile et saint Ambroise les montrèrent sans épines dans le paradis terrestre. Si Prudence loue sainte Eulalie d'avoir toujours méprisé les couronnes de roses, les ornements d’ambre et les colliers d’or, il affirme que, au ciel, les vierges cueillent « l’une des violettes et l’autre des roses » ; cette idée se trouve déjà dans la passion de sainte Perpétue : « dans la patrie des justes, la terre est toute embaumée de rosiers aux fleurs empourprées qui la couvrent, et, arrosée par des sources vives, elle y produit de brillants soucis, de molles violettes et le tendre safran ». Fortunat de Poitiers, montrant le jardin de la reine Ultrogothe, veuve de Childebert, parle « du parfum des roses du Paradis[2] » ; il félicite sainte Radegonde et l’abbesse Agnès de réserver les roses pour orner les églises. Charlemagne fit mettre des roses dans tous les jardins de ses résidences et métairies, tandis qu'Alcuin les cultivait dans le jardinet de sa cellule, peu avant que Walafrid Strabon la déclarât « fleur des fleurs[3]. »
Utilisée au troisième dimanche de l'Avent (Gaudete) et au quatrième dimanche du Carême (Lætare), la couleur rose, couleur de l'aurore, marque, au milieu des temps de pénitence, une pause où l'Eglise vise à mieux faire entrevoir la joie qu'elle prépare (Noël ou Pâques), à donner courage pour les dernières étapes à parcourir, et à rendre grâce pour les œuvres déjà accomplies : « Aux armes des religieuses l'ont met une couronne composée de branches de rosier blanc avec ses feuilles, ses roses et ses épines, qui dénote la chasteté qu'elles ont conservée parmi les épines et les mortifications de la vie[4]. »
Jadis, où l'on était plus attentif qu'aujourd'hui à conformer l'environnement du culte à l'esprit de la liturgie célébrée, on pouvait, les dimanches roses (Gaudete et Lætare), contrairement aux autres dimanches de l'Avent et du Carême, parer l'autel de fleurs, sonner toutes les cloches et toucher les orgues alors que les diacres et les sous-diacres prenaient la tunique et dalmatique qu'ils avaient abandonnées au début de l'Avent ou du Carême.
La couleur rose emprunte sa signification au rouge, symbole de l'amour divin, et au blanc, symbole de la sagesse divine, dont la combinaison signifie l'amour de l'homme régénéré par la pénitence pour la sagesse divine reçue dans la Révélation ; « couleur agréable, odeur réconfortante, aspect qui donne la joie[5]. »
De fait, c'est moins la fleur qui inspire ici le symboliste que la rosée, l'eau tombée du ciel, que les juifs regardaient comme un signe de bénédiction. Sans doute faut-il rappeler que les vents de la mer, soufflant de l'Ouest, apportent vers la Palestine un air humide qui, les nuits d'août à octobre où il ne pleut pas, permet la croissance des végétaux ; la rosée est donc un symbole de prospérité et signe de bénédiction, ainsi qu'en témoigne souvent l'Ancien Testament : « Que Dieu te donne avec la rosée du ciel et de gras terroirs, abondance de froment et de vin nouveau[6] » ; « Béni de Yahvé, son Pays ! A lui le don exquis du ciel en haut (la rosée) et de l'abîme qui s'étale en bas (les sources[7]) »; « C'est comme le rosée de l'Hermon qui descend sur les montagnes de Sion, car c'est là que Yahvé a établi la bénédiction, la vie à jamais[8] »; « Je serai comme la rosée pour Israël, il fleurira comme le lys, il enfoncera ses racines comme le peuplier.[9] »
En revanche, l'absence de rosée est un signe de châtiment comme on peut le voir, par exemple, chez le prophète Agée : « Réfléchissez sur votre sort : vous attendiez beaucoup et il n'y a eu que peu. Et ce que vous avez ramené à la maison, j'ai soufflé dessus ! A cause de quoi ? - oracle de Yahvé des armées - à cause de ma maison qui, elle, est en ruine, alors que vous courez chacun pour sa maison. Voilà pourquoi le ciel a retenu la rosée, et la terre a retenu sa récolte[10]. » La rosée est aussi le symbole de la Parole divine reçue par les fidèles qui, s'ils s'y conforment, leur communique la sagesse et leur ouvre le salut par les voies de la justice, ainsi que le note le Deutéronome : Que ma parole s'épande comme la rosée[11]. » Pendant tout le temps de l’Avent, nous chantons : « Rorate cæli de super et nubes pluant justum ! » (Cieux, versez votre rosée et que les nuées fassent pleuvoir le juste !)
Le chevalier Morini qui, au temps de Grégoire XVI (1831-1846), fut un des officiers de la cour pontificale, écrivait[12] que la couleur rose est considérée comme tenant le milieu entre le pourpre et le violet ; figurant la joie que l'Eglise ressent aux approches de Noël et de Pâques, parce que la rose a trois propriétés : l'odeur, la couleur et le goût, que l'on peut considérer comme représentant la charité, la joie et la satiété spirituelle qui sont la figure du Christ, ainsi, saint Bède le Vénérable dit[13] qu'au VII° siècle, le tombeau du Christ était peint d'une couleur mélangée de blanc et de rouge.
Les habitués des Litanies de Lorette qui se souviendront que la Vierge Marie y est honorée et priée comme la Rose mystique pourront la prier ainsi : « O Rose parfumée, vermeille et pudique, qui avez toujours été épanouie et ornée de couleurs plus belles que l’arc-en-ciel, ô Rose bénie entre toutes les fleurs qui embaument la jardin mystique de l’Eglise, ô Rose, délice et ornement de la cour céleste, force et secours des faibles mortels qui sont attirés par l’odeur de votre piété à vous aimer et à vous invoquer comme leur protectrice spéciale dans tous leurs besoins, fortifiez, je vous en supplie, la vertu chancelante de mon cœur languissant par vos parfums, par la douce vivacité de vos couleurs et par l’abondante rosée des grâces dont vous êtes remplie, afin qu’animé par le désir de bénéficier de vos mérites, je m’efforce d’imiter vos vertus.
O Rose mystique, ô Mère et Vierge d’une chaste et incomparable fécondité, inspirez-moi un ardent amour pour la pureté de cœur, pour la mortification de mes passions pour la garde de mes sens intérieurs et extérieurs, afin que je puisse vous ressembler et vous plaire. Donnez-moi des mœurs pures et une volonté forte pour remplir mes devoirs envers Dieu, envers le prochain et envers moi-même. Que, par votre toute-puissante intercession, je plaise aux regards purs de Dieu et que j’en sois béni. J’obtiendrai infailliblement cette grâce si vous m’attirez fortement par la suave odeur de vos vertus et si vous m’animez par l’efficacité de votre puissant secours. O Vierge et Mère, candide et vermeille Rose de Dieu, priez pour moi qui ai recours à vous. »
[1] « Gaudete in Domino semper : iterum dico, gaudete » (soyez toujours joyeux dans le Seigneur ; encore une fois, soyez toujours joyeux). [2] Saint Fortunat : « Carmina » (VI 6), « De horto Ultrogothonis reginæ ». [3] Walafrid Strabon : « Hortulus ad Grimaldum. » [4] Le « Palais de l'Honneur ». [5] « Ordo Romanus », XIV 81. [6] Livre de la Genèse, XXVII 28. [7] Livre du Deutéronome, XXXIII 13. [8] Psaume CXXXIII 3. [9] Livre du prophète Osée, XIV 6. [10] Livre du prophète Agée, I 8-10. [11] Livre du Deutéronome, XXII 2. [12] Morini : « Dizionario di erudizione storico-ecclesiastica ». [13] Saint Bède le Vénérable : « Histoire de l'Angleterre », V 16.source: missel.free.fr
Chers frères et sœurs,
Au cours de cette célébration eucharistique, nous voulons rendre grâce au Seigneur pour la maternité divine de Marie, mystère qui a été confessé et proclamé solennellement ici, à Ephèse, au concile œcuménique de 431. Mes vénérés prédécesseurs, les serviteurs de Dieu Paul VI et Jean-Paul II, se sont rendus en pèlerinage en ce lieu, l’un des plus chers à la communauté chrétienne ; ce dernier s’est rendu au sanctuaire le 30 novembre 1979, à peine plus d’un an après le début de son pontificat. Un autre de mes prédécesseurs est venu dans ce pays, non pas comme pape, mais comme représentant pontifical, de janvier 1935 à décembre 1944, et son souvenir suscite encore une grande dévotion et sympathie : le bienheureux Jean XXIII, Angelo Roncalli. Il nourrissait une grande estime et admiration pour le peuple turc. A cet égard, j’aime rappeler cette phrase de son Journal de l’âme : « J’aime les Turcs, j’apprécie les qualités naturelles de ce peuple, qui a lui aussi une place réservée dans la marche de la civilisation » (n° 741).
Jean XXIII a en outre légué en héritage à l’Eglise et au monde une attitude spirituelle d’optimisme chrétien, fondée sur une foi profonde et une union constante à Dieu. Dans ce même esprit, je me tourne vers cette nation et, de manière particulière, vers le « petit troupeau » du Christ qui y vit, pour l’encourager et lui manifester l’affection de toute l’Eglise. Je salue affectueusement tous les fidèles d’Izmir, Mersin, Iskenderun et Antakia, et vous autres qui êtes venus de diverses parties du monde ; ainsi que ceux qui n’ont pas pu participer à cette célébration mais qui sont unis à nous spirituellement. Je salue en particulier Mgr Ruggero Franceschini, l’archevêque d’Izmir, Mgr Giuseppe Bernardini, archevêque émérite d’Izmir, Mgr Luigi Padovese, les prêtres et les religieuses. Merci de votre présence, de votre témoignage et de votre service de l’Eglise, en cette terre bénie où, dès ses origines, la communauté chrétienne a connu un grand essor, comme en attestent les nombreux pèlerinages vers la Turquie, jusqu’à aujourd’hui.
Nous avons entendu le passage de l’évangile de Jean qui invite à contempler le moment de la Rédemption, lorsque Marie, unie à son fils dans l’offrande du Sacrifice, a étendu sa maternité à tous les hommes et, en particulier, aux disciples de Jésus. L’auteur du quatrième évangile, Jean, le seul parmi les apôtres à être resté sur le Golgotha avec la mère de Jésus et les autres femmes, est le témoin privilégié d’un tel événement. La maternité de Marie, qui a pris son origine dans le fiat de Nazareth, s’accomplit sous la croix. S’il est vrai – comme l’observe Saint Anselme – que « dès son fiat, Marie a commencé à nous porter dans son sein », la vocation et la mission maternelle de la Vierge à l’égard des croyants en Christ a commencé effectivement quand Jésus lui a dit : « Femme, voici ton fils ! » (Jn, 19,26). En regardant du haut de la croix sa mère et à côté d’elle le disciple bien aimé, le Christ mourant a reconnu les prémices de la nouvelle famille qu’il est venu créer dans le monde, le germe de l’Eglise et de la nouvelle humanité. Pour cela, il s’est adressé à Marie en l’appelant « femme » et non « mère » ; un terme qu’il a employé en revanche en la confiant au disciple : « voici ta mère » (Jn 19,27). Le fils de Dieu a ainsi accompli sa mission : né de la Vierge pour partager en toute chose, excepté le péché, notre condition humaine, il a laissé au monde, au moment de retourner à son Père, le sacrement de l’unité du genre humain (cf. Constitution Lumen Gentium, 1) : la famille « réunie par l’unité du Père et du Fils et de l’Esprit Saint » (Saint Cyprien, De Orat. Dom. 23: PL 4, 536), dont le noyau primordial est justement ce lien nouveau entre la Mère et le disciple. Ainsi la maternité divine et la maternité ecclésiale demeurent unies de manière indissoluble.
La première lecture nous a présenté ce qui peut être défini comme « l’évangile » de l’Apôtre des gentils : tous, mêmes les païens, sont appelés en Christ à participer pleinement au mystère du salut. Le texte contient en particulier l’expression que j’ai choisi comme devise de mon voyage apostolique : « C'est lui, le Christ, qui est notre paix » (Eph. 2,14). Inspiré par l’Esprit Saint, Paul affirme non seulement que Jésus Christ nous a apporté la paix, mais qu’il « est » notre paix. Et il justifie son affirmation en se référant au mystère de la croix : en versant « son sang », en offrant en sacrifice « sa chair », Jésus a détruit la haine « en lui-même » et a créé « en lui, un seul homme nouveau, au lieu de deux » (Eph. 2,14-16). L’Apôtre explique de quelle manière vraiment imprévisible la paix messianique s’est réalisée en la personne du Christ et dans son mystère salvifique. Il l’explique en écrivant, depuis sa prison, à la communauté chrétienne qui habitait ici, à Ephèse : « A vous les membres du peuple saint qui êtes à Éphèse, vous les fidèles dans le Christ Jésus » (Eph 1,1), comme il l’écrit au début de la Lettre. L’Apôtre leur souhaite « grâce et paix de la part de Dieu, notre Père, et de la part du Seigneur Jésus Christ » (Eph. 1,2). La "grâce" est la force qui transforme l’homme et le monde ; la « paix » est le fruit mûr d’une telle transformation. Le Christ est la grâce ; le Christ est la paix. Paul sait qu’il a été envoyé pour annoncer un « mystère », c’est à dire un plan divin qui s’est réalisé et révélé seulement dans la plénitude des temps, en Christ : « Les païens sont associés au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l'annonce de l'Évangile ». (Eph. 3,6). Ce "mystère" s’est réalisé, sur le plan de l’histoire du salut, dans l’Eglise, ce Peuple nouveau dans lequel juifs et païens se retrouvent unis, une fois abattu le vieux mur de la séparation. Comme le Christ, l’Eglise n’est pas seulement l’instrument de l’unité, mais elle en est aussi le signe efficace. Et la Vierge Marie, Mère du Christ et de l’Eglise, est la Mère de ce mystère d’unité que le Christ et l’Eglise représentent inséparablement et construisent dans le monde et tout au long de l’histoire.
L’Apôtre des Gentils note que le Christ « de deux peuples en a fait un seul » (Éphésiens 2, 14) : cette affirmation se réfère directement aux rapports entre les Juifs et les Gentils dans l’ordre du mystère du salut éternel ; affirmation, cependant, qui peut aussi être étendue par analogie aux relations entre les peuples et les civilisations présents dans le monde. Christ « est venu pour annoncer la paix » (Éphésiens 2, 17) non seulement entre les Juifs et les non-Juifs, mais aussi entre toutes les nations, parce que toutes proviennent du même Dieu, unique créateur, et Seigneur de l’univers. Confortés par la parole de Dieu qui, d’Éphèse, ville bénie par la présence de Marie très sainte – qui, nous le savons, est aimée et vénérée aussi par les musulmans – nous élevons, Seigneur, une prière spéciale pour la paix entre les peuples. De cette rive de la péninsule d’Anatolie, pont naturel entre les continents, invoquons la paix et la réconciliation avant tout pour ceux qui habitent cette terre que nous appelons « sainte » et qui est tenue comme telle par les chrétiens, comme par les juifs et les musulmans : c’est la terre d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, destinée à accueillir un peuple qui soit une bénédiction pour toutes les nations (cf. Genèse 12, 1-3). Paix pour toute l’humanité ! Que puisse bientôt se réaliser la prophétie d’Isaïe : « De leurs épées ils forgeront des socs de charrue, et de leurs lances, des faucilles. On ne lèvera plus l’épée nation contre nation, on ne s’entraînera plus pour la guerre » (Isaïe 2, 4). Nous avons tous besoin de cette paix universelle. De cette paix, l’Église est appelée à être non seulement annonciatrice prophétique, mais plus encore, signe et instrument. Dans cette perspective d’une pacification universelle, le désir d’une pleine communion et d’une concorde entre tous les chrétiens se fait encore plus profond et intense. À la célébration d’aujourd’hui, sont présents tant de fidèles catholiques de différents rites, et cela est motif de joie et de louanges à Dieu. Ces rites, quand ils se retrouvent dans l’unité et le témoignage commun, sont une expression de cette variété merveilleuse, dont est décorée l’épouse du Christ. C’est dans un tel but que l’unité entre les Ordinaires des conférences épiscopales doit être exemplaire, dans la communion et le partage des efforts pastoraux.
Dans la liturgie de ce jour nous avons répété, comme refrain du psaume responsorial, le cantique de louange que la Vierge de Nazareth a proclamé en rencontrant sa parente âgée Elisabeth (Lc 1,39). Les paroles du psalmiste ont résonné aussi dans nos cœurs comme une consolation : « Amour et vérité se rencontrent, justice et paix s’embrassent » (Ps. 84, v. 11).
Chers frères et sœurs, avec cette visite j’ai voulu faire sentir non seulement mon amour et ma proximité spirituelle, mais aussi ceux de l’Eglise universelle à la communauté chrétienne qui, en Turquie, est une petite minorité et affronte chaque jour de nombreux défis et difficultés. Dans une ferme confiance, nous chantons, avec Marie, le Magnificat de louanges et d’actions de grâce à Dieu, qui s'est penché sur son humble servante (Lc 1,47-48). Chantons-le joyeusement, même lorsque nous sommes mis à l'épreuve par les difficultés et les dangers, comme nous l'avons appris du beau témoignage du prêtre romain Don Andrea Santoro, dont je suis heureux d'évoquer le souvenir durant cette célébration. Marie nous enseigne que la source de notre joie et notre seul soutien ferme est le Christ, et elle nous répète ses paroles : « N’ayez pas peur » (Mc 6,50), "Je suis avec vous" (Mt 28,20). Nous nous en remettons à la force de son bras (Lc 1,51). Et toi, Mère de l’Eglise, accompagne toujours notre chemin ! Sainte Mère de Dieu, prie pour nous ! Aziz Meryem Mesih’in Annesi bizim için Dua et". Amen.
S.S. Benoît XVI
Très haut, tout puissant et bon Seigneur,
A toi louange, gloire, honneur, et toute bénédiction ;
A toi seul ils conviennent, ô Très-Haut,
Et nul n'est digne de te nommer.
Loué sois-tu, mon Seigneur, avec toutes tes créatures,
Spécialement messire frère Soleil
Qui nous donnes le jour et par qui tu nous illumines;
Il est beau, rayonnant avec une grande splendeur,
De Toi, Très-Haut, il est le symbole.
Et Loué sois-tu, mon Seigneur, pour sœur Lune et les Etoiles ;
Dans le ciel tu les as formées claires, précieuses et belles.
Loué sois-tu, mon Seigneur, pour frère Vent,
pour l'air et les nuages, pour le ciel pur et tous les temps,
Par lesquels tu donnes soutien à tes créatures.
Loué sois-tu, mon Seigneur, pour sœur Eau,
Qui est très utile et humble précieuse et chaste!
Loué sois-tu, mon Seigneur, pour frère le Feu
Par qui tu éclaires la nuit,
Et il est beau et joyeux, indomptable et fort.
Loué sois-tu, mon Seigneur, pour sœur, la mère Terre,
Qui nous porte et nous nourrit,
Qui produit la diversité des fruits, et les fleurs colorées, et l'herbe!
Loué sois-tu, mon Seigneur, pour ceux qui, par amour pour toi, pardonnent à leurs ennemis ;
Qui supportent épreuves et maladies ;
Heureux s'ils conservent la paix,
Car par toi, Très-Haut, ils seront couronnés.
Loué sois-tu, mon Seigneur, pour notre sœur la Mort corporelle,
A qui nul homme vivant ne peut échapper.
Malheur à ceux qui meurent en péché mortel,
mais bienheureux ceux qu'elle surprendra en ta très sainte volonté,
Car la seconde mort ne pourra leur nuire.
Louez et bénissez mon Seigneur,
Rendez-lui grâce et servez-le avec grande humilité.
Saint François d'Assise, Cantique des créatures
Parler de notre Mère sans rien dire de son Cœur serait laisser de côté le meilleur. Pour nous en faire une image plus aimable et nous faire nous-mêmes plus aimants, disons un mot du Cœur de Marie.
Abrégé merveilleux du Cœur même de Dieu, chef d’œuvre et résumé de ses ouvrages, le Cœur de Marie est le rendez-vous de toutes les grandeurs et bontés divines. Moule sacré où s’est formé le Cœur de Jésus, il est pour nous le refuge le plus sûr et l’école la meilleure.
Dans son Cœur, nous trouvons Marie tout entière. En effet, le Cœur de Marie nous dit son amour, sa pureté, ses douleurs ; il contient et révèle ses secrets. Virginal, maternel et royal, le Cœur de Marie est un mystère de fidélité, de tendresse et de magnificence.
Le Cœur de Marie est un cœur de vierge : fidèle à l’amour divin qui s’empara de lui le premier, il n’en voulut point d’autre. Le Cœur de Marie est un cœur de mère : toujours abordable, capable de tous les pardons, sans cesse attentif à nos besoins, il est partout où il sait une peine à consoler, un sourire à donner. Le Cœur de Marie est un cœur de reine : aussi riche que bon, aussi puissant que doux, il peut tout nous donner ou nous obtenir.
Très pur, saint, immaculé, tels sont ses qualificatifs les plus connus. A Fatima, la Vierge a choisi le dernier, comme celui qui convient le mieux à son Cœur et qui répond le plus à nos besoins. En effet, puissamment purifiant, le Cœur immaculé de Marie pourrait laver mille mondes des pires souillures ; à la fois beau et séduisant, il peut, là où déborde le mal, susciter des milliers de vierges. Aussi, l’Eglise après le Ciel le désigne-t-elle à nos temps troublés et souillés comme l’espérance unique et souveraine, comme le salut universel.
Déjà, en 1830, la Vierge nous indiquait assez ses désirs en faisant inscrire son Cœur au revers de la Médaille miraculeuse. D’un côté, c’était l’Immaculée, aux mains qui laissaient tomber des rayons ; de l’autre, son Cœur transpercé d’un glaive à côté du Cœur embrasé de Jésus. N’était-ce point montrer que ces deux Cœurs sont inséparables tout comme leurs deux dévotions ?
Sa volonté, Marie l’exprimait encore plus clairement à Fatima : Elle venait de montrer l’enfer aux enfants. Elle leur dit : « Vous avez vu l’enfer où vont aboutir les âmes des pauvres pécheurs. Pour les sauver, le Seigneur veut établir dans le monde la dévotion à mon Cœur immaculé. Si l’on m’écoute, la Russie se convertira et l’on aura la paix. Sinon, elle répandra ses erreurs par tout le monde, provoquant des guerres et des persécutions contre l’Eglise : beaucoup de bons seront martyrisés, le Saint-Père aura beaucoup à souffrir ; plusieurs nations seront anéanties. » Toutes prophéties en train de se réaliser.
En une autre occasion, la Vierge dit à Sœur Lucie de Jésus : « Regarde, ma fille, mon Cœur tout criblé d’épines, que les hommes m’enfoncent à tout moment par leurs blasphèmes et leurs ingratitudes. Toi du moins, tâche de me consoler, et fais savoir aux hommes que je promets d’assister à l’heure de la mort avec les grâces nécessaires au salut, tous ceux qui, le premier samedi de cinq mois de suite, se confesseront, recevront la sainte Communion, réciteront le chapelet, et me tiendront compagnie pendant un quart d’heure, en méditant sur les mystères du Rosaire dans le but de me faire réparation. » C’était la Grande Promesse.
Qui ne voit l’harmonie qui existe entre la dévotion au Sacré-Cœur et celle au Cœur de Marie, qui n’a saisi l’analogie qui existe entre leurs deux révélations ? De part et d’autre, histoire diverse et semblable ; des deux côtés, même base théologique, objet pareil.
L’objet matériel de la dévotion au Cœur de Marie, c’est le Cœur de chair de la Vierge. Son objet spirituel, c’est l’amour dont ce Cœur brûla pour Dieu et pour nous. En un sens plus large, cet objet spirituel s’étend à toute la vie intérieure de Marie, c’est-à-dire qu’il embrasse les sentiments, les vertus, les paroles, les actes, en un mot tout ce qui est parti du Cœur de Marie. Quant au culte que nous portons à ce Cœur, il ne s’arrête pas au Cœur même non plus qu’à son amour, mais il va à la personne tout entière, qui mérite un honneur sans pareil et la vénération la plus profonde, mais non l’adoration.
Pas plus que la dévotion au Sacré-Cœur, celle au Cœur de Marie ne s’appuie sur des révélations particulières. Comme la première, elle a son fondement sur les dogmes de l’Incarnation et de la Rédemption. Destinée à devenir la Mère du Verbe incarné, la Vierge reçut d’avance la grâce unique d’une conception immaculée, pour être entraînée par son Fils dans le mystère de notre rachat, de son fiat initial à la transfixion au pied de la Croix.
Marie, d’ailleurs, avait toutes les qualités naturelles et surnaturelles qu’exigeait sa mission, elle possédait toutes les vertus et toutes les délicatesses qui se peuvent trouver dans un cœur de mère. C’est donc avec raison et surtout dans son Cœur qu’elle est notre Co-rédemptrice et notre Mère. Jésus lui-même le révélait à sainte Brigitte : « Ma Mère et moi, nous avons opéré le salut de l’homme, pour ainsi dire avec un seul Cœur. » Sainte Marguerite-Marie elle-même vit le Cœur de Jésus s’offrant en sacrifice à son Père sur l’autel du Cœur de Sa Mère.
Le message de Paray, c’était la révélation du Sacré-Cœur. Celui de Fatima, c’est la révélation du Cœur immaculé de Marie. De part et d’autre, c’est un message de rédemption. Comme la première, la révélation du Cœur de Marie est un effort suprême du Cœur de Dieu pour toucher et sauver les cœurs endurcis des pécheurs. A Paray, Dieu nous parlait par le Cœur de son Fils ; à Fatima, il nous supplie par celui de sa Mère.
Au Cœur de Dieu nous parlant par le Cœur de Marie, qu’allons-nous donner ? Ce que la Vierge elle-même est venue nous demander. Dès la première apparition, elle dit aux petits enfants : « Voulez-vous souffrir pour la conversion des pécheurs, pour réparer les blasphèmes ainsi que toutes les offenses faites à mon Coeur immaculé ? » A sa dernière visite, elle précisa : « Je suis venue pour exhorter les fidèles à changer de vie, à ne plus affliger par le péché Notre- Seigneur déjà très offensé, à réciter le chapelet et à faire pénitence. Dans la suite, elle confia à Sœur Lucie de Jésus que la pénitence demandée ne consiste pas en des mortifications extraordinaires, mais dans l’accomplissement parfait du devoir d’état, dans l’acceptation et le respect des commandements, dans la pratique de l’état de grâce.
Au Cœur de Dieu nous suppliant par le Cœur de sa Mère accordons enfin la dévotion essentielle et indispensable de l’état de grâce, par la fuite et l’horreur du péché, surtout de l’immodestie, incompatible avec la pureté sans tache de la Vierge immaculée.
Pour réparer les offenses au Cœur immaculé de Marie, adoptons la pratique si consolante et si salutaire des cinq premiers samedis du mois.
Chaque jour, offrons au Sacré-Cœur par le Cœur immaculé de sa Mère nos prières, nos œuvres, nos souffrances et nos joies pour obtenir que cesse partout l’immodestie, que la Russie se convertisse, que le communisme soit partout et pour toujours humilié, que le monde renaisse à la paix par la consécration pratique des individus, des familles, des paroisses et de la société au Cœur immaculé de Marie.
(…) Pour être parfaite et pour répondre aux désirs de Jésus et de Marie, notre consécration ne doit pas consister dans la simple récitation d’une formule ; elle doit devenir un état de vie attesté par la confiance et le recours habituel, par la reconnaissance et l’amour réparateur, par l’étude affectueuse, la contemplation assidue, l’imitation fidèle, l’union intime et constante.
(…) Exauçons les désirs de la Vierge. Par nos prières au Cœur de Jésus et par notre zèle en tous les milieux, préparons, hâtons le règne du Cœur immaculé de Marie. Comme nous y invite la liturgie, allons avec confiance à ce tronc de grâce afin d’obtenir la miséricorde et l’aide qu’il nous faut (Introït, fête du Cœur Immaculé, 22 août.
Dans le Cœur de Marie, avec lui, par lui et pour lui, vivons, travaillons et souffrons pour mieux le faire en Jésus- Christ. C’était là le secret de sainte Marguerite-Marie, qui n’avait d’autre idéal que de faire régner en tous lieux « le divin Cœur de Jésus, vivant dans le Cœur de Marie ».
Constamment, faisons nôtre la prière de l’Eglise : « Dieu tout-puissant et éternel, qui avez préparé dans le Cœur de la bienheureuse Vierge Marie une demeure digne de l’Esprit-Saint, accordez-nous, dans votre miséricorde, que célébrant avec dévotion ce Cœur immaculé, nous puissions vivre selon le Vôtre ». (Collecte.)
(Tiré de : L. Brien, S. J., Par Marie à la Céleste Patrie, Synthèse de la Théologie, Tome VIII,
Montréal Éditions de l’Institut Pie-XI, 1956, pp. 127-132.)
Vierge de Fatima, Mère de Miséricorde, Reine du Ciel et de la Terre, Refuge des pêcheurs, nous nous consacrons de manière très spéciale à Votre Cœur Immaculé.
Par cet acte de consécra-tion,nous entendons vivre, avec Vous et grâce à Vous, tous les engagements que nous avons assumés par notre consécration baptismale; nous nous engageons aussi à opérer en nous cette conversion intérieure si demandée par l’Évangile, qui nous libère de tout attachement à nous-mêmes et aux faciles compromis avec le monde, afin d’être, comme Vous, uniquement disponibles pour faire toujours la Volonté du Père.
Et alors que nous entendons Vous confier notre existence et notre vocation chrétienne, à Vous, Mère très douce et miséricordieuse, pour que Vous en disposiez en faveur de Vos desseins de salut, en cette heure décisive qui pèse sur le monde, nous nous engageons à les vivre selon Vos désirs ; en particulier, pour tout ce qui concerne le renouvellement de l’esprit de prière et de pénitence, la participation fervente à la célébration de la Sainte Eucharistie et à l’apostolat, la récitation quotidienne du chapelet, et un mode de vie austère, conforme à l’Évangile, qui soit un bon exemple pour tout le monde, par l’observance de la Loi de Dieu, par l’exercice des vertus chrétiennes, spécialement de la pureté.
Nous Vous promettons aussi d’être unis au Saint-Père, à la hiérarchie et à nos prêtres, de manière à opposer une barrière au processus de contestation dirigé contre le Magistère, qui menace les fondements mêmes de l’Église.
Bien plus, sous Votre maternelle protection, nous voulons être les apôtres de l’unité de prière et d’amour envers le Pape, unité si nécessaire aujourd’hui, et nous implorons de Vous une protection spéciale sur le Saint-Père.
Enfin, nous Vous promettons d’amener - autant que nous le pourrons - les âmes, que nous approcherons, à une dévotion renouvelée envers Vous.
Sachant que l’athéisme a provoqué le naufrage de la foi en un grand nombre de fidèles, que la désacralisation est entrée dans le Temple Saint de Dieu, sachant que le mal et le péché déferlent de plus en plus sur le monde, pleins de confiance nous osons lever les yeux vers Vous, Mère de Jésus et Notre mère miséricordieuse et puissante ; nous osons Vous invoquer, aujourd’hui encore, et attendre de Vous, le salut de tous Vos enfants. Ô Clémente, ô Pleine de pitié, ô douce Vierge Marie!
(avec approbation ecclésiastique)