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Fraternité Saint Pierre - Val de Marne Communauté attachée à la liturgie traditionnelle, bénéficiant du Motu proprio " Ecclesia Dei " du 2 juillet 1988 de S.S. Jean-Paul II |
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Eglise Saint André 22 Avenue de Verdun 94410 Saint Maurice |
Bulletin de Février 2007 |
Il y a un mois, la crèche nous rappelait combien Dieu, dans son Amour incompréhensible pour l’homme, avait tenu à se rendre visible et à se faire proche de nous, l’un de nous, petit Enfant, participant de la fragilité de notre nature humaine, à l’exception du péché. La sagesse divine ne pouvait exiger tant d’audace à sa créature – croire en son amour, et y répondre puisqu’il s’agit bien d’un amour d’amitié – en restant seulement un Dieu caché. Deux mille ans après l’Incarnation du Verbe, les hommes ont déjà du mal à y croire et à y répondre, mais que serait-ce sans cet abaissement? D’autant que l’essentiel du message divin était précisément ce que Saint Jean révèle dans sa première épître: « Deus Caritas est! » « Dieu est Amour! ».
Nous avons besoin de voir Dieu, de Le fréquenter, de nous entretenir avec Lui, de passer du temps en sa compagnie. C’est le temps précieux de la prière qui nous permet cette douce familiarité avec Celui que notre cœur aime. Il en va de nos relations avec Dieu comme de nos relations humaines: elles ne se maintiennent pas sans combats. Sans volonté ferme de réserver du temps à notre épouse, à notre époux, à nos enfants, à nos parents, à nos amis, les heures, les jours, les semaines et les mois peuvent passer sans que la rencontre, le dialogue, la communion aient vraiment eu lieu. Il est facile de se laisser aller et de ne chercher la compagnie des autres que lorsqu’on en a besoin. Quelle belle preuve d’amour! Il est facile de ne prier Dieu que quand on en a besoin, ou quand cela nous plaît. Quelle belle preuve d’amour!
D’après le sondage CSA – « Le Monde des religions » publié début janvier, dont vous avez certainement entendu parler, 30% des catholiques déclarés (qui ne sont plus que 51% des Français selon ce sondage!) disent ne jamais prier, et 17% prient de façon exceptionnelle, ce qui fait 46% de ces catholiques qui ne prient pratiquement jamais! Là encore quelle belle preuve d’amour! Une vie loin de Dieu, et pourtant si près de Lui! On est tenté de dire: une vie ratée, gâchée, dévoyée. Être capable de Dieu, de l’Éternel, de l’Infini, et se contenter des grandes bouffes du réveillon et des soldes de janvier! Comment peut-on en arriver là?
Sans exclure des causes personnelles parfois douloureuses et mal vécues pour certains, ne faut-il pas voir dans l’abandon de la prière le premier des maux de notre société, et, au vu des chiffres avancés, de nos « catholiques » eux-mêmes. Abandon souvent précédé de l’ignorance de la prière. On a prié sans maître, sans guide, sans savoir les rudiments de cet art si haut et si simple. On s’est découragé aux premières difficultés, ne sachant pas les analyser comme il convenait.
Plus on s’éloigne de la prière, plus on s’éloigne de l’Esprit qui prie en nos cœurs, plus on perd de vue le Dieu trois fois Saint, terme de notre prière. Yahvé met son peuple en garde dans l’Ecriture: « Ne détournez pas l’oreille de votre cœur! » Ne détournons pas notre regard, ne détournons pas notre cœur, mais fixons-les sur le Seigneur qui nous connaît et qui nous aime, qui connaît notre histoire la plus secrète, et nos espoirs et nos craintes, et les voies par lesquelles Il veut nous conduire. Vivons en sa présence, sous son regard, pour demeurer dans son Amour. Près des yeux, près du cœur! Voilà notre programme d’efforts pour connaître le Seigneur en vérité, pour L’accueillir, pour vivre de Sa Vie.
Chacun de nous peut plus ou moins faire sienne la fameuse confession de Saint Augustin: « J’ai tardé à T’aimer, Beauté si ancienne et si neuve, j’ai tardé à T’aimer! Ah voilà: Tu étais dedans, moi dehors, et je Te cherchais dehors où je me ruais, beau à rebours, sur les belles choses d’ici-bas, tes ouvrages. Tu étais avec moi sans que je fusse avec Toi, tenu loin de Toi par elles, qui, à moins que d’être en Toi, ne seraient pas.. » Mais ne nous arrêtons pas à mi-chemin, et continuons avec notre saint: « Tu as appelé, crié, et Tu as rompu ma surdité. Tu as brillé par éclairs et par vives lueurs et Tu as balayé ma cécité. Tu as exhalé ta bonne odeur, je l’ai respirée et je m’essouffle après Toi. Je T’ai goûté: j’ai faim et soif. Tu m’as touché: j’ai pris feu pour la paix que Tu donnes. Une fois soudé à Toi de tout mon être, il n’y aura plus pour moi douleur et labeur et ma vie sera, toute pleine de Toi, la Vie. » (Confessions, XIII)
Abbé de MONTJOYE
Aujourd’hui aussi, comme dans les deux catéchèses précédentes, nous revenons à saint Paul et à sa pensée. Nous nous trouvons devant un géant non seulement du point de vue de l’apostolat concret, mais également de celui de la doctrine théologique, extraordinairement profonde et stimulante. Après avoir médité la dernière fois sur ce que Paul a écrit à propos de la place centrale que Jésus Christ occupe dans notre vie de foi, nous examinons aujourd’hui ce qu’il dit sur l’Esprit Saint et sur sa présence en nous, car ici aussi, l’Apôtre a quelque chose d’une grande importance à nous enseigner.
Nous connaissons ce que saint Luc nous dit de l’Esprit Saint dans les Actes des Apôtres, en décrivant l’événement de la Pentecôte. L’Esprit de Pentecôte apporte avec lui une impulsion vigoureuse à assumer l’engagement de la mission pour témoigner de l’Evangile sur les routes du monde. De fait, le Livre des Actes rapporte toute une série de missions accomplies par les Apôtres, tout d’abord en Samarie, puis sur la bande côtière de la Palestine, et enfin vers la Syrie. Ce sont surtout les trois grands voyages missionnaires accomplis par Paul qui sont rapportés, comme je l’ai déjà rappelé dans une précédente rencontre du mercredi. Cependant, dans ses Lettres, saint Paul nous parle de l’Esprit d’un autre point de vue également. Il n’illustre pas uniquement la dimension dynamique et active de la troisième Personne de la Très Sainte Trinité, mais il en analyse également la présence dans la vie du chrétien, dont l’identité en reste marquée. En d’autres termes, Paul réfléchit sur l’Esprit en exposant son influence non seulement sur l’agir du chrétien, mais également sur son être. En effet, c’est lui qui dit que l’Esprit de Dieu habite en nous (cf. Rm 8, 9; 1 Co 3, 16) et que «envoyé par Dieu, l’Esprit de son Fils est dans nos cœurs» (Ga 4, 6). Pour Paul donc, l’Esprit nous modèle jusque dans nos profondeurs personnelles les plus intimes. A ce propos, voilà quelques-unes de ses paroles d’une importance significative: «En me faisant passer sous sa loi, l’Esprit qui donne la vie dans le Christ Jésus m’a libéré, moi qui étais sous la loi du péché et de la mort... L’Esprit que vous avez reçu ne fait pas de vous des esclaves, des gens qui ont encore peur; c’est un Esprit qui fait de vous des fils; poussés par cet Esprit, nous crions vers le Père en l’appelant: “Abba!”» (Rm 8, 2.15). On voit donc bien que le chrétien, avant même d’agir, possède déjà une intériorité riche et féconde, qui lui a été donnée dans le Sacrement du Baptême et de la Confirmation, une intériorité qui l’établit dans une relation de filiation objective et originale à l’égard de Dieu. Voilà notre grande dignité: celle de ne pas être seulement des images, mais des fils de Dieu. Et cela est une invitation à vivre notre filiation, à être toujours plus conscients que nous sommes des fils adoptifs dans la grande famille de Dieu. Il s’agit d’une invitation à transformer ce don objectif en une réalité subjective, déterminante pour notre penser, notre agir, et notre être. Dieu nous considère comme ses fils, nous ayant élevés à une dignité semblable, bien que n’étant pas égale, à celle de Jésus lui-même, l’unique véritable Fils au sens plein. En lui nous est donnée, ou restituée, la condition filiale et la liberté confiante en relation au Père.
Nous découvrons ainsi que pour le chrétien, l’Esprit n’est plus seulement l’«Esprit de Dieu», comme on le dit normalement dans l’Ancien Testament et comme l’on continue à répéter dans le langage chrétien (cf. Gn 41, 38; Ex 31, 3; 1 Co 2, 11.12; Ph 3, 3; etc.). Et ce n’est pas non plus un «Esprit Saint» au sens large, selon la manière de s’exprimer de l’Ancien Testament (cf. Is 63, 10.11; Ps 51, 13), et du Judaïsme lui-même dans ses écrits (Qumràn, rabbinisme). En effet, à la spécificité de la foi chrétienne appartient la confession d’un partage original de cet Esprit de la part du Seigneur ressuscité, qui est devenu Lui-même «l’être spirituel qui donne la vie» (1 Co 15, 45). C’est précisément pour cela que saint Paul parle directement de l’«Esprit du Christ» (Rm 8, 9), de l’«Esprit de Fils» (Ga 4, 6) ou de l’«Esprit de Jésus-Christ» (Ph 1, 19). C’est comme s’il voulait dire que non seulement Dieu le Père est visible dans le Fils (cf. Jn 14, 9), mais que l’Esprit de Dieu s’exprime aussi dans la vie et dans l’action du Seigneur crucifié et ressuscité!
Paul nous enseigne également une autre chose importante: il dit qu’il n’existe pas de véritable prière sans la présence de l’Esprit en nous. Il écrit en effet: «Bien plus, l’Esprit vient au secours de notre faiblesse, car nous ne savons pas prier comme il faut. L’Esprit lui-même intervient pour nous par des cris inexprimables. Et Dieu, qui voit le fond des cœurs, connaît les intentions de l’Esprit: il sait qu’en intervenant pour les fidèles, l’Esprit veut ce que Dieu veut» (Rm 8, 26-27). C’est comme dire que l’Esprit Saint, c’est-à-dire l’Esprit du Père et du Fils, est désormais comme l’âme de notre âme, la partie la plus secrète de notre être, d’où s’élève incessamment vers Dieu un mouvement de prière, dont nous ne pouvons pas même préciser les termes. En effet, l’Esprit, toujours éveillé en nous, supplée à nos carences et offre au Père notre adoration, avec nos aspirations les plus profondes. Cela demande naturellement un niveau de grande communion vitale avec l’Esprit. C’est une invitation à être toujours plus sensibles, plus attentifs à cette présence de l’Esprit en nous, à la transformer en prière, à ressentir cette présence et à apprendre ainsi à prier, à parler avec le Père en tant que fils dans l’Esprit Saint.
Il existe également un autre aspect typique de l’Esprit que nous enseigne saint Paul: il s’agit de son lien avec l’amour. En effet, l’Apôtre écrit: «Et l’espérance ne trompe pas, puisque l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné» (Rm 5, 5). Dans ma Lettre encyclique Deus caritas est, je citais une phrase très éloquente de saint Augustin: «Tu vois la Trinité quand tu vois la charité» (n. 19), et je poursuivais en expliquant: «En effet, l’Esprit est la puissance intérieure qui met leur cœur [des croyants] au diapason du cœur du Christ, et qui les pousse à aimer leurs frères comme Lui les a aimés» (ibid.). L’Esprit nous introduit dans le rythme même de la vie divine, qui est vie d’amour, en nous faisant personnellement participer aux relations qui existent entre le Père et le Fils. Le fait que Paul, lorsqu’il énumère les divers fruits de l’Esprit, place l’amour à la première place, a une signification: «Mais voici ce que produit l’Esprit: amour, joie, paix, etc.» (Ga 5, 22). Et puisque par définition l’amour unit, cela signifie tout d’abord que l’Esprit est Créateur de communion au sein de la communauté chrétienne, comme nous le disons au début de la Messe selon une expression paulinienne: «Que la communion de l’Esprit Saint [c’est-à-dire celle qu’Il opère] soit avec vous tous» (2 Co 13, 13). D’autre part, cependant, il est également vrai que l’Esprit nous incite à nouer des relations de charité avec tous les hommes. C’est pourquoi, lorsque nous aimons, nous donnons de l’espace à l’Esprit, nous lui permettons de s’exprimer en plénitude. On comprend ainsi pourquoi Paul rapproche dans la même page de la Lettre aux Romains les deux exhortations: «Laissez jaillir l’Esprit» et «Ne rendez à personne le mal pour le mal» (Rm 12, 11.17).
Enfin, l’Esprit constitue selon saint Paul des arrhes généreuses qui nous ont été données par Dieu lui-même, comme avance et comme garantie de notre héritage futur (cf. 2 Co 1, 22); 5, 5; Ep 1, 13-14). Nous apprenons ainsi de Paul que l’action de l’Esprit oriente notre vie vers les grandes valeurs de l’amour, de la joie, de la communion et de l’espérance. C’est à nous qu’il revient d’en faire chaque jour l’expérience, en suivant les suggestions intérieures de l’Esprit, aidés dans notre discernement par la direction éclairante de l’Apôtre.
Traduction:Zenit.org
ROME, Mercredi 6 décembre 2006 (ZENIT.org) - Deux volumes, consacrés au Magistère et au Célibat sacerdotal ont été présentés hier à Rome, au séminaire pontifical français, en présence du cardinal Georges-Marie Cottier et du P. André Manaranche. Il s’agit de: «L’Église, servante de la vérité. Regards sur le Magistère», de Bruno Le Pivain, et du volume intitulé: «Les origines apostoliques du célibat sacerdotal» du P. Christian Cochini, sj, que nous avons présenté dans nos éditions du 4 et du 5 décembre. Les deux volumes sont édités par les éditions «Ad Solem» (www.ad-solem.com). L’abbé Le Pivain a bien voulu présenter son livre aux lecteurs de Zenit.
Zenit: Bruno le Pivain, vous êtes prêtre du diocèse d’Angers et directeur de la revue Kephas. Vous venez de faire paraître aux éditions Ad Solem un recueil d’essais sur le Magistère, L’Église, servante de la vérité. Pourquoi ce thème?
B. le Pivain: L’origine de cet ouvrage tient à une constatation en deux temps. Tout d’abord, la notion, ou le terme même de «magistère», effraie aujourd’hui bien souvent. Face aux multiples remises en doute engendrées par la poussée dans l’opinion des dogmes de la sécularisation, qui vont jusqu’à ce que Nietzsche, cité par le Cardinal Cottier dans la préface de cet ouvrage, appelait la «méfiance méthodique», les baptisés, clercs ou laïcs, sont partagés. Des théologiens tentent de revoir le rôle ou la nature du Magistère. Plus généralement, l’articulation entre vérité, exercice de l’autorité et liberté semble souvent problématique. En un mot, la crise majeure de la foi que traversent nos vieilles contrées de chrétienté, par quelque aspect qu’on l’approche, se manifeste d’abord par une crise de l’autorité magistérielle, de la réception de la Parole de l’Église.
Il a donc paru utile d’apporter un éclairage synthétique sur une réalité aussi présente dans les esprits et les discussions que méconnue pour ce qu’elle est. Est-ce un hasard si le Saint-Père, à la suite de Jean-Paul II qui n’avait pas ménagé ses efforts en ce sens, y compris dès son épiscopat à Cracovie, a souhaité, dans son fameux discours du 22 décembre 2005, que l’Église reçoive en vérité le Concile Vatican II, qui a sans doute été bien plus commenté de diverses manières que lu et appliqué?
Il en va pour l’Église de la fidélité à la mission qu’elle a reçue du Christ et du service de la vérité auprès des hommes de notre temps. Il en va de l’intelligence de la foi et de la joie véritable, si essentiels à la fécondité de la Nouvelle évangélisation.
Zenit: «Le Magistère, une école de sagesse» peut-on lire sur la bande du livre, or, le magistère est plus souvent perçu comme une forme de carcan freinant l’essor de la pensée et de la vie spirituelle...
B. le Pivain: C’est juste. Comment accepter une parole d’autorité qui viendrait s’imposer en quelque sorte de l’extérieur à mon intelligence, à ma conscience même? Pourtant, les réponses aux multiples questions qu’ont pu faire naître les décennies de l’après-Concile ne pourront venir que du Magistère de l’Église, le même, hier, aujourd’hui et à jamais, parce que «l’Église, c’est Jésus-Christ, mais Jésus-Christ répandu et communiqué.» Le Magistère n’est pas d’abord à mesurer en termes de syllogismes ou de juridiction, il est essentiellement l’expression de la Miséricorde du Christ toujours à l’oeuvre en ce monde et appelle à ce titre la même confiance inébranlable. Ceci n’empêche en rien l’exercice de la raison, mais au contraire l’éclaire et le nourrit: ni fidéisme, ni rationalisme, mais harmonie entre foi et raison. Avec Benoît XVI, «coopérateur de la vérité», qui en a fait comme le fil directeur de son pontificat, il nous achemine à la Joie de la Vérité. L’Église est servante de la vérité: ce n’est que par une nouvelle prise de conscience de la dimension essentiellement spirituelle du Magistère que pourront cesser les dialectiques et disparaître les clivages: le monde a tant besoin que l’Église lui délivre aujourd’hui, non seulement dans les mots, le message de l’unité et de la paix.
La démarche suivie dans cet ouvrage répond d’abord à cette préoccupation: plutôt que de céder aux deux tentations mortifères du relativisme réducteur ou des dialectiques mondaines, il faut revenir à ce fondement du Magistère, en retrouver le sens dans son lien vital avec l’Écriture Sainte et la Tradition.
Zenit: «Sentir avec l’Église», c’est, comme l’indique l’article du P. S.-Th. Bonino o.p. que vous publiez, vivre cette «indispensable docilité» de l’intelligence et de la volonté. Dans l’indifférence, voire l’hostilité, que rencontrent certains documents du Magistère faut-il diagnostiquer une perte de confiance dans l’Église?
B. le Pivain: Le Concile de Trente parle, dans une très belle expression, de «la foi à la vérité de l’Église». La confusion actuelle des esprits, ce que Jean-Paul II avait pu appeler une «profonde crise de la vérité», s’accompagne aujourd’hui d’une méconnaissance de la nature de l’Église, de son autorité maternelle. Les «tendances» ecclésiales reproduisent trop souvent un schéma politique moderne, comme si l’Église était une société purement humaine, et non l’Église du Verbe Incarné, Corps mystique organique, dont la Tête invisible, le Christ, est rendue visible en la personne du «doux Christ de la terre», le Souverain Pontife, et donne l’influx au «Corps tout entier [qui] reçoit nourriture et cohésion, par les jointures et les ligaments, pour réaliser sa croissance en Dieu» (Col 2, 19).
Docilité, confiance: le fameux «assentiment religieux de la volonté et de l’intelligence» évoqué par la Constitution Lumen gentium nous indique que la réception du Magistère est une démarche de foi avant d’être un exercice de l’intelligence, que la première, loin de brider la seconde, l’illumine de l’intérieur, la purifie de ses écarts ou de ses carences, la porte à son achèvement dans ce merveilleux équilibre entre la foi et la raison où réside toute la dignité de l’acte de foi comme de la pensée. La réception du Magistère est avant tout affaire de vie intérieure, avec ce que cela suppose de respect du mystère. «Le mystère n’est pas un mur où l’intelligence se brise, c’est un océan où l’intelligence se perd», disait Gustave Thibon. Ira-t-on jusqu’à dire que le Magistère peut nourrir la contemplation? C’est bien probable.
Zenit: Les cardinaux Bertone et Honoré, Mgr Guillaume, Mgr Frost, Dom Hervé Courau, osb, le père Bonino, Mgr Ocariz Brana etc.: vous avez volontairement réuni dans L’Église, servante de la vérité des auteurs qui présentent ce visage «romain» de l’Église, ouvert à la diversité des tempéraments spirituels?
B. le Pivain: Dans la basilique vaticane, au-dessus de la tombe de l’humble pêcheur de Galilée à qui le Christ a confié la charge redoutable et merveilleuse de confirmer ses frères dans la foi, court en lettres d’or sur les quatre pilastres l’inscription qui dit tout: «Hinc una fides mundo refulget, hinc unitas sacerdotii exoritur»: D’ici une même foi resplendit sur le monde, d’ici tire son origine l’unité du sacerdoce. Unité de foi, unité de charité, n’est-ce pas le meilleur fondement de la liberté des enfants de Dieu? Et la Place Saint-Pierre n’est-elle pas quotidiennement l’image vivante et bigarrée de cette famille immense si diverse dans son unité?
Zenit: Votre livre sort au moment où l’on attend un motu proprio qui «libéraliserait» la liturgie préconciliaire, et votre article sur «La Tradition, Beauté si ancienne, Beauté si nouvelle» aborde notamment cette question. N’est-ce pas dans ce domaine aussi une opposition factice entre magistère et tradition qui empêche de résoudre les clivages?
B. le Pivain: Pour les tenants de l’autonomie de la conscience, la liberté de l’acte de penser postule l’indépendance absolue de la raison et refuse donc toute vérité reçue par voie de transmission, de tradition, comme contraire à la dignité humaine. Pour un certain traditionalisme, c’est la Tradition librement interprétée – et amputée de ses derniers développements – qui doit juger le Magistère actuel. L’une et l’autre attitude sont voisines. La Tradition ne peut être rendue visible que par le Magistère authentique, vivant, jamais sans ou contre lui.
Le Motu proprio Ecclesia Dei du pape Jean-Paul II (2 juillet 1988), appelait à un accueil large et généreux des «fidèles catholiques qui se sentent attachés à certaines formes liturgiques et disciplinaires antérieures de la tradition latine». Il pointait aussi une «notion incomplète et contradictoire de la Tradition» comme étant «à la racine de cet acte schismatique», celui des consécrations épiscopales illégitimes de Mgr Lefebvre du 30 juin 1988. «Incomplète parce qu’elle ne tient pas suffisamment compte du caractère vivant de la Tradition», «mais c’est surtout une notion de la Tradition qui s’oppose au Magistère universel de l’Église, lequel appartient à l’évêque de Rome et au corps des évêques, qui est contradictoire.»
La résolution de cette question ne peut se faire que par le haut, en prenant en compte, sans complexe, et en toute vérité et charité, ces deux éléments: accueil large et généreux (comment peut-on sinon plaider pour l’unité, œuvrer pour l’œcuménisme?), foi dans la vérité de l’Église et de sa Tradition, de son Magistère (comment en effet donner ensuite des leçons d’attachement à l’enseignement de l’Église?).
L’équilibre de la foi catholique tient là: de ces trois réalités, Écriture Sainte, Tradition, Magistère, il ne faut jamais isoler l’une des deux autres. C’est dans l’unité ordonnée des trois que chaque baptisé peut «grandir vers la Vérité tout entière».
Zenit: La figure de Newman, chère à Benoît XVI, est évoquée par le cardinal Honoré. La question du Magistère – de la papauté – resta longtemps un obstacle dans l’itinéraire du cardinal Newman. Aujourd’hui, la multiplication des documents du Magistère provoquerait-elle une certaine «usure» de l’attention?
B. le Pivain: Puis-je ici vous citer simplement cette phrase de Benoît XVI, extraite de son magnifique discours à l’université du Latran du 21 octobre dernier, et que les tumultes que vous signaliez rendent plus pertinente encore, alors qu’il s’agit du bien spirituel des hommes de ce temps: «Que l’espace du silence et de la contemplation, qui sont le décor indispensable sur lequel planter les interrogations que suscite l’esprit, puissent trouver entre ces murs des personnes attentives qui sachent en mesurer l’importance, l’efficacité et les conséquences pour la vie personnelle et sociale.» N’est-ce pas illustrer la belle et grande attitude de Newman, dont notre pape actuel est si proche à bien des égards? L’article du Cardinal Honoré, point d’orgue de cet ouvrage, vient en effet nous montrer comment le Magistère, s’il est d’abord reçu dans la foi, devient une véritable école de sagesse. C’est bien la visée essentielle de ce recueil. C’est à ce prix que progresseront et la vérité, et la charité.
Zenit: Une forme de «magistère médiatique» fait aujourd’hui que la parole de l’Église parvient atténuée, voire incomprise. Le directeur de Kephas envisage-t-il des remèdes?
C’est un fait: les documents du Magistère sont désormais accessibles aux médias, avant même que leurs premiers destinataires, y compris souvent les évêques, n’aient pu en prendre connaissance. Une sorte de deuxième «magistère», qui a ses propres critères, mondains et indépendants du présupposé de la foi, vient brouiller la réception par tous les fidèles, théologiens ou simples croyants, de l’enseignement de l’Église. Dans la ligne de cette atrophie de la raison – alors même qu’elle s’imagine gagner en dignité – l’on finit par se contenter du slogan, inlassablement ressassé, qui va tenir lieu de pensée.
Comment y remédier? Connaître et aimer l’Église, dans sa dimension sacramentelle, pour mieux connaître et aimer le Christ. La faire connaître et la faire aimer. Délaisser aussi bien le respect excessif pour «l’opinion publique» que les divisions stériles dans l’Église héritées des années 70 et qui ont largement fait leur temps. Et puis cette urgence pour tous les baptisés: «Intellectum valde ama», disait saint Augustin. Aime vraiment comprendre, aime et sers la vérité pour elle-même, de manière désintéressée, en te souvenant que «toute vérité, dite par qui ce soit, vient de l’Esprit-Saint», que la vérité est universelle puisqu’elle est participation à Celui qui est la Vérité première. Et souviens-toi, comme l’écrivait Jean-Paul II dans Fides et Ratio, que «c’est la foi qui incite la raison à sortir de son isolement et à prendre volontiers des risques pour tout ce qui est beau, bon et vrai.»
Que peut craindre celui qui «dépense sa vie au service de la vérité», pour reprendre Juvénal, sinon de grandir dans la Joie véritable? Et comment mieux fonder cette Joie que dans la Parole de l’Église, qui prolonge celle du Christ?
Jeanne de Valois, fille du roi de France Louis XI et de la reine Charlotte de Savoie, naquit en 1464. En ce Moyen-Âge finissant, un maître-mot circule, celui de « réforme », réforme de la société, réforme de l’Eglise… Les Etats Généraux de 1484 la recherchent ainsi que l’assemblée de Tours, en 1493. Le Roi Charles VIII entrera dans ce mouvement de réforme de l’Eglise et de la chrétienté, soutenant en particulier les Ordres Mendiants en ce domaine. En ce qui concerne les franciscains, la branche réformée de l’Ordre – l’Observance – participera activement à cette vaste entreprise. L’entourage direct de Jeanne, du côté paternel comme du côté maternel, soutiendra les frères mendiants dans leur effort de réforme - ceux-ci étant bien présents à la cour. L’intuition spirituelle de Jeanne s’insère donc dans tout ce contexte qu’il faudrait bien sûr développer.
Jeanne de France voit le jour à Nogent-le-Roi le 23 avril 1464. À 5 ans, la petite fille est confiée aux bons soins d’Anne de Culan, femme de François de Beaujeu, baron de Lignières, en Berry. Là, va commencer toute son aventure humaine et spirituelle.
Un jour – elle a 7 ans environ – se trouvant à l’église elle a le sentiment que la Vierge Marie lui dit en son cœur: «Avant ta mort, tu fonderas une religion en mon honneur et, ce faisant, tu me feras un grand plaisir et me rendras service» (Chronique de l’Annonciade). Elle vivra de cette promesse pendant plus de trente ans avant de la voir se réaliser.
En 1476, Jeanne a 12 ans et souffre d’une forte déviation de la colonne vertébrale. Louis XI, son père, décide de la marier au duc Louis d’Orléans qui en a 14. Mariage politique. Les deux adolescents ne sont que des pions sur l’échiquier du roi. Le jeune duc n’acceptera jamais cette union forcée et, dès son mariage, il mènera une vie de plaisir et délaissera sa femme.
En 1483 meurt le roi Louis XI. Jeanne a 19 ans. C’est une jeune femme ouverte aux autres, surtout aux plus démunis, n’ignorant pas les problèmes de son temps. L’éducation reçue à Lignières, en effet, ne l’a pas coupée du monde. À la cour, Jeanne rencontre indifférence et ragots dus aux incartades conjugales et politiques de son mari. Louis d’Orléans, en effet, s’est allié au duc de Bretagne.
C’est la fameuse «guerre folle» de 1487 où Louis d’Orléans est battu et fait prisonnier par les troupes de Charles VIII. Durant la captivité de son mari, devant administrer le duché d’Orléans, Jeanne révélera ses qualités de cœur et de gouvernement.
Le 7 avril 1498 le roi Charles VIII meurt subitement sans laisser d’héritier. La couronne revient alors au premier prince de sang, c’est-à-dire à Louis d’Orléans. Devenu le roi Louis XII, son premier acte officiel est de demander, à Rome, la reconnaissance en nullité de son mariage. Celle-ci sera ratifiée par l’Église le 17 décembre 1498. Rude épreuve pour Jeanne. Elle accuse le coup à la lumière de sa foi.
Séparé de Jeanne, Louis XII lui donne en compensation le duché de Berry. Très vite, elle fait preuve d’esprit d’initiative, travaillant sur plusieurs fronts:
En même temps, elle pense que le moment est venu pour elle de réaliser la promesse entendue jadis dans son enfance: fonder un ordre religieux voué au plaisir de Dieu par l’imitation de la Vierge Marie.
Depuis sa jeunesse, Jeanne est guidée spirituellement par les Fils de saint François d’Assise. En 1499-1500, son confesseur est donc un franciscain, le Père Gabriel-Maria. Elle lui fait part, tout naturellement, de son projet. Cependant, l’Église n’encourageant pas – depuis le IVè concile du Latran (1215) – l’établissement d’ordres religieux nouveaux, le Père est réticent. Mais le moment venu, il reconnaîtra le caractère surnaturel de la promesse faite à Jeanne qu’il aidera alors de tout son pouvoir.
Entre 1500 et 1501, il réunit à Bourges quelques jeunes filles et leur apprend les rudiments de la vie religieuse. Sur les indications de Jeanne, il écrit le texte de la règle sous laquelle vivront les futures annonciades (1502).
En 1503-1504 ont lieu les premières vêtures et professions. La mission de Jeanne est accomplie... Elle meurt en 1505, le 4 février, après avoir confié l’Annonciade à la sollicitude fraternelle des frères mineurs.
Dès sa mort, son culte se répand. Béatifiée en 1742, elle sera canonisée par le pape Pie XII le 28 mai 1950. Le principal monastère de son Ordre en France se situe à Thiais (Val-de-Marne).
Source: www.annonciade.org