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Fraternité Saint Pierre - Val de Marne Communauté attachée à la liturgie traditionnelle, bénéficiant du Motu proprio " Ecclesia Dei " du 2 juillet 1988 de S.S. Jean-Paul II |
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Eglise Saint André 22 Avenue de Verdun 94410 Saint Maurice |
Bulletin de mars 2007 |
Le Carême est un temps de conversion, un temps de retour à Dieu, un temps de réconciliation. Il est indissociable du pardon de nos péchés, et donc du repentir, de la contrition. Pour revenir à Dieu, pour être rétabli dans l’état de grâce, ou pour grandir dans cet état, il nous faut d’abord détester le péché - cette « aversio a Deo » -, en demander pardon et réparer. Mais comment réparer ?
Comme le rappelle Benoît XVI dans l’audience générale du mercredi des Cendres (21 février 2007), « la liturgie quadragésimale, alors qu’elle nous invite à réfléchir et à prier, nous incite à valoriser davantage la pénitence et le sacrifice, pour rejeter le péché et le mal, et vaincre l’égoïsme et l’indifférence ». Sans pénitence et sacrifice, notre lutte contre le péché, poison de l’âme et de la société risquerait de n’être qu’un vain mot qu’on prononce sans y croire. Le Seigneur nous en avertit sans ménagement : « Si vous ne faites pénitence, vous périrez tous ! ».
Il ne s’agit pas de lutter sans ordre et sans méthode. Il faut d’abord s’asseoir (cf Luc 14, 28 et 31), prendre du recul, identifier l’adversaire, évaluer nos forces - et nos faiblesses - , choisir nos armes, et garder la raison. Sans doute ne sommes-nous pas capables d’imiter nos pères qui jeûnaient tous les jours de carême. L’Eglise a réduit à deux jours seulement le jeûne, mais pas la pénitence !
Sans doute l’accomplissement du devoir d’état dans l’observance de la loi de Dieu constitue-t-il la pénitence que demande et réclame Notre-Seigneur aujourd’hui, comme il le confia à sœur Lucie (de Fatima) à Pontevedra en 1943. Mais n’évacuons pas toute autre forme de sacrifice. Ne fuyons pas l’effort. Mesurons-le intelligemment, sans oublier le but recherché ; donnons notre préférence à ce qui est humble, pas à ce qui est médiocre.
Qui ne peut faire un réel effort pour donner un peu plus de temps à la prière, à la lecture de la Parole de Dieu, à la formation religieuse et au service de nos frères ? Un peu moins de temps consacré aux loisirs (télévision, internet, ordinateur, lèche-vitrine, « fièvre acheteuse », sport …) sans parler du temps stupidement perdu chaque jour, pour lequel il nous sera demandé des comptes au jour du jugement. Il ne s’agit pas de supprimer toute détente et tout repos ; nous en avons besoin. Les moines eux-mêmes ont des temps de récréation, bien réglés il est vrai.
Posons-nous donc simplement la question (et je me la pose avec vous) : Est-ce utile ? Est-ce profitable ? Est-ce conforme à la volonté de Dieu pour moi, maintenant? Nous devrions aimer l’effort, mais nous ne l’aimons pas assez. L’aimer parce qu’il nous permet de nous dépasser. Un vrai sportif aime l’effort, un vrai chrétien, que saint Paul compare aux coureurs du stade (cf 1 Co 9,24), devrait aussi aimer l’effort. Rendons grâces à Dieu pour le carême qui nous permet de retrouver le goût de l’effort !
L’effort, la pénitence, le sacrifice, le devoir d’état, tout cela est bien beau et bien nécessaire en ce temps où nous devons racheter les fautes des autres temps, mais n’oublions pas l’essentiel, que le dimanche de la quinquagésime nous rappelle chaque année au moment où nous nous préparons à entrer dans l’arène du combat : « Si je n’ai pas la charité, cela ne me sert de rien ! » (1Co 13, 3).
Nous voulons obtenir le pardon de nos fautes : aimons Dieu et aimons nos frères. « Avant tout, conservez entre vous une grande charité, car la charité couvre une multitude de péchés. » (1 Pierre 4, 8). Dieu ne prendra pas plaisir à nos sacrifices s’ils ne viennent d’un cœur contrit et humilié. Ce n’est pas un homme qui le dit, mais la bouche même de Dieu : « Tu ne prends aucun plaisir au sacrifice; un holocauste, tu n'en veux pas. Le sacrifice à Dieu, c'est un esprit brisé; d'un coeur brisé, broyé, Dieu, tu n'as point de mépris. » (Ps 51, 18-19). Il faut relire et méditer les appels du prophète Isaïe (58, 3-12) sur le vrai jeûne qui plaît au Seigneur, et dont la messe du vendredi après les cendres donne un large extrait (à vos missels !).
Nous voulons que Dieu nous pardonne nos péchés, les gros et les petits, ceux qu’on déteste et ceux auxquels on a du mal à renoncer : couvrons-les par un surplus d’amour, aimons Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit, plus que nous avons pu l’offenser. Aimons-Le d’avance parce qu’Il nous appelle au pardon, aimons-Le enfin parce qu’Il nous a pardonné, parce qu’Il nous a lavé, parce qu’Il nous a relevé. Il a restauré en nous son image et nous pouvons nous aimer comme Il nous aime, et nous pouvons aimer nos frères avec son Cœur.
Aspirons aux dons supérieurs, aspirons à un plus grand amour. « Mon Dieu, je Vous aime, mais redoublez mon amour ! ». Puisse la considération des souffrances de Jésus-Christ dans sa Passion nous aider à grandir dans cet amour et dans cette volonté de rendre amour pour amour. L’exercice du chemin de la croix est là pour nous y aider, et le « Stabat Mater » qui l’accompagne mérite médité dévotement.
Terminons avec Bossuet : « Heureuse l’indulgence, si elle produit tout son effet : elle augmentera l’amour de Dieu ; car celui à qui on remet plus doit plus aimer ; si elle augmente l’amour de Dieu, elle augmente la douleur de l’avoir offensé. Ah ! que cette douleur est douce, puisque c’est l’amour qui l’excite ; mais cependant qu’elle est vive, qu’elle est pénétrante, qu’elle est déchirante et perçante, si l’amour qui la fait naître est véritable. » (Méditations pour le Jubilé, seconde méditation sur l’indulgence de l’Eglise, premier point).
Abbé de MONTJOYE
1. Divin Jésus, écoute ma prière
Par mon amour je veux te réjouir
Tu le sais bien, à toi seul je veux plaire
Daigne exaucer mon plus ardent désir.
Du triste exil j'accepte les épreuves
Pour te charmer et consoler ton coeur
Mais en amour change toutes mes oeuvres
O mon Epoux, mon Bien-Aimé Sauveur.
2. C'est ton amour, Jésus, que je réclame
C'est ton amour qui doit me transformer
Mets en mon coeur ta consumante flamme
Et je pourrai te bénir et t'aimer
Oui je pourrai t'aimer comme l'on aime
Et te bénir comme on le fait au Ciel
Je t'aimerai de cet amour lui-même
Dont tu m'aimas, Jésus Verbe Eternel. (Jn 1,1)
3. Divin Sauveur, à la fin de ma vie
Viens me chercher, sans l'ombre d'un retard
Ah! montre-moi ta tendresse infinie
Et la douceur de ton divin regard
Avec amour, oh! que ta voix m'appelle
En me disant: Viens, tout est pardonné (Lc 7,47)
Repose-toi, mon épouse fidèle
Viens sur mon coeur, tu m'as beaucoup aimé.
Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, PN 41
« Ils regarderont celui qu'ils ont transpercé » (Jn 19, 37). C’est le thème biblique qui guidera cette année notre réflexion quadragésimale. Le Carême est une période propice pour apprendre à faire halte avec Marie et Jean, le disciple préféré, auprès de Celui qui, sur la Croix, offre pour l’Humanité entière le sacrifice de sa vie (cf. Jn 19, 25). Aussi, avec une participation plus fervente, nous tournons notre regard, en ce temps de pénitence et de prière, vers le Christ crucifié qui, en mourant sur le Calvaire, nous a révélé pleinement l’amour de Dieu. Je me suis penché sur le thème de l’amour dans l’encyclique Deus caritas est, en soulignant ses deux formes fondamentales : l’agape et l’eros.
Le terme agapè, que l’on trouve très souvent dans le Nouveau Testament, indique l’amour désintéressé de celui qui recherche exclusivement le bien d’autrui ; le mot éros, quant à lui, désigne l’amour de celui qui désire posséder ce qui lui manque et aspire à l’union avec l’aimé.
L’amour dont Dieu nous entoure est sans aucun doute agapè. En effet, l’homme peut-il donner à Dieu quelque chose de bon qu’Il ne possède pas déjà ? Tout ce que la créature humaine est et a, est un don divin : aussi est-ce la créature qui a besoin de Dieu en tout. Mais l’amour de Dieu est aussi éros. Dans l’Ancien Testament, le Créateur de l’univers montre envers le peuple qu’il s’est choisi une prédilection qui transcende toute motivation humaine. Le prophète Osée exprime cette passion divine avec des images audacieuses comme celle de l’amour d’un homme pour une femme adultère (3, 1-3) ; Ézéchiel, pour sa part, n’a pas peur d’utiliser un langage ardent et passionné pour parler du rapport de Dieu avec le peuple d’Israël (16, 1-22). Ces textes bibliques indiquent que l’éros fait partie du cœur même de Dieu : le Tout-puissant attend le «oui» de sa créature comme un jeune marié celui de sa promise. Malheureusement, dès les origines, l’humanité, séduite par les mensonges du Malin, s’est fermée à l’amour de Dieu, dans l’illusion d’une impossible autosuffisance (Jn 3, 1-7). En se repliant sur lui-même, Adam s’est éloigné de cette source de la vie qu’est Dieu lui-même, et il est devenu le premier de «ceux qui, leur vie entière, étaient tenus en esclavage par la crainte de la mort» (Hb 2, 15). Dieu, cependant, ne s’est pas avoué vaincu, mais au contraire, le «non» de l’homme a été comme l’impulsion décisive qui l’a conduit à manifester son amour dans toute sa force rédemptrice.
C’est dans le mystère de la Croix que se révèle pleinement la puissance irrésistible de la miséricorde du Père céleste. Pour conquérir à nouveau l’amour de sa créature, Il a accepté de payer un très grand prix : le sang de son Fils Unique. La mort qui, pour le premier Adam, était un signe radical de solitude et d’impuissance, a été ainsi transformée dans l’acte suprême d’amour et de liberté du nouvel Adam. Aussi, nous pouvons bien affirmer, avec Maxime le Confesseur, que le Christ «mourut, s’il l’on peut dire, divinement parce que il mourut librement» (Ambigua, 91, 1956). Sur la Croix, l’éros de Dieu se manifeste à nous. Eros est effectivement – selon l’expression du Pseudo-Denys – cette force «qui ne permet pas à l’amant de demeurer en lui-même, mais le pousse à s’unir à l’aimé» (Des noms divins, IV, 13: PG 3, 712). Existe-t-il plus «fol éros» (N. Cabasilas, La vie dans le Christ, 648) que celui qui a conduit le Fils de Dieu à s’unir à nous jusqu’à endurer comme siennes les conséquences de nos propres fautes ?
Chers frères et sœurs, regardons le Christ transpercé sur la Croix ! Il est la révélation la plus bouleversante de l’amour de Dieu, un amour dans lequel éros et agapè, loin de s’opposer, s’illuminent mutuellement. Sur la Croix c’est Dieu lui-même qui mendie l’amour de sa créature : Il a soif de l’amour de chacun de nous. L’apôtre Thomas reconnut Jésus comme «Seigneur et Dieu» quand il mit la main sur la blessure de son flanc. Il n’est pas surprenant que, à travers les saints, beaucoup aient trouvé dans le cœur de Jésus l’expression la plus émouvante de ce mystère de l’amour. On pourrait précisément dire que la révélation de l’éros de Dieu envers l’homme est, en réalité, l’expression suprême de son agapè. En vérité, seul l’amour dans lequel s’unissent le don désintéressé de soi et le désir passionné de réciprocité, donne une ivresse qui rend légers les sacrifices les plus lourds. Jésus a dit : «Quand je serai élevé de terre, j'attirerai à moi tous les hommes» (Jn 12, 32). La réponse que le Seigneur désire ardemment de notre part est avant tout d’accueillir son amour et de se laisser attirer par lui. Accepter son amour, cependant, ne suffit pas. Il s’agit de correspondre à un tel amour pour ensuite s’engager à le communiquer aux autres : le Christ «m’attire à lui» pour s’unir à moi, pour que j’apprenne à aimer mes frères du même amour.
«Ils regarderont celui qu'ils ont transpercé». Regardons avec confiance le côté transpercé de Jésus, d’où jaillissent «du sang et de l’eau» (Jn 19, 34) ! Les Pères de l’Église ont considéré ces éléments comme les symboles des sacrements du Baptême et de l’Eucharistie. Avec l’eau du Baptême, grâce à l’action du Saint Esprit, se dévoile à nous l’intimité de l’amour trinitaire. Pendant le chemin du Carême, mémoire de notre Baptême, nous sommes exhortés à sortir de nous-mêmes pour nous ouvrir, dans un abandon confiant, à l’étreinte miséricordieuse du Père (cf. saint Jean Chrysostome, Catéchèses 3, 14). Le sang, symbole de l’amour du Bon Pasteur, coule en nous tout spécialement dans le mystère eucharistique : «L’Eucharistie nous attire dans l’acte d’offrande de Jésus… nous sommes entraînés dans la dynamique de son offrande» (Encyclique Deus caritas est, 13). Nous vivons alors le Carême comme un temps «eucharistique», dans lequel, en accueillant l’amour de Jésus, nous apprenons à le répandre autour de nous dans chaque geste et dans chaque parole. Contempler «celui qu’ils ont transpercé» nous poussera de manière telle à ouvrir notre cœur aux autres en reconnaissant les blessures infligées à la dignité de l’être humain ; cela nous poussera, en particulier, à combattre chaque forme de mépris de la vie et d’exploitation des personnes, et à soulager les drames de la solitude et de l’abandon de tant de personnes. Le Carême est pour chaque chrétien une expérience renouvelée de l’amour de Dieu qui se donne à nous dans le Christ, amour que chaque jour nous devons à notre tour «redonner» au prochain, surtout à ceux qui souffrent le plus et sont dans le besoin. De cette façon seulement nous pourrons participer pleinement à la joie de Pâques. Marie, Mère du Bel Amour, tu nous guides dans ce chemin du Carême, chemin d’authentique conversion à l’amour du Christ. A vous, chers frères et sœurs, je souhaite un chemin du Carême profitable, et je vous adresse affectueusement à tous une spéciale Bénédiction Apostolique.
Du Vatican, le 21 novembre 2006.
Benedictus Pp. XVI
(...) Il ne fait aucun doute que nous vivons une période de développement extraordinaire en ce qui concerne la capacité humaine de déchiffrer les règles et les structures de la matière et la domination de l'homme sur la nature, qui en découle. Nous voyons tous les grands bénéfices de ce progrès, ainsi que les menaces d'une destruction de la nature à cause de la force de nos actions. Il existe un autre danger, moins visible, mais non moins inquiétant: la méthode qui nous permet de connaître toujours plus à fond les structures rationnelles de la matière nous rend toujours moins capables de percevoir la source de cette rationalité, la Raison créatrice. La capacité de voir les lois de l'être matériel nous rend incapables de voir le message éthique contenu dans l'être, message appelé par la tradition lex naturalis, droit moral naturel. Il s'agit d'un terme qui est devenu aujourd'hui presque incompréhensible pour de nombreuses personnes, à cause d'un concept de nature non plus métaphysique, mais seulement empirique. Le fait que la nature, l'être même ne soit plus transparent pour un message moral, crée un sens de désorientation qui rend précaires et incertains les choix de la vie quotidienne. Naturellement, l'égarement frappe en particulier les générations les plus jeunes, qui doivent dans ce contexte effectuer des choix fondamentaux pour leur vie.
C'est précisément à la lumière de ces constatations qu'apparaît dans toute son urgence la nécessité de réfléchir sur le thème du droit naturel, et de retrouver sa vérité commune à tous les hommes. Ce droit, qu'évoque également l'apôtre Paul (cf. Rm 2, 14-15), est inscrit dans le cœur de l'homme et est par conséquent, aujourd'hui également, tout simplement accessible. Ce droit a comme principe premier et fondamental celui de «faire le bien et éviter le mal». Il s'agit d'une vérité dont l'évidence s'impose immédiatement à chacun. De ce droit découlent les autres principes plus particuliers, qui réglementent le jugement éthique sur les droits et les devoirs de chacun. C'est le cas du principe du respect pour la vie humaine, de sa conception jusqu'à son terme naturel, ce bien de la vie n'étant pas la propriété de l'homme, mais un don gratuit de Dieu. C'est le cas également du devoir de rechercher la vérité, présupposé nécessaire à toute maturation authentique de la personne. Une autre instance fondamentale du sujet est la liberté. En tenant compte, toutefois, du fait que la liberté humaine est toujours une liberté partagée par les autres, il est clair que l'harmonie des libertés ne peut être trouvée que dans ce qui est commun à tous: la vérité de l'être humain, le message fondamental de l'être même, la lex naturalis précisément. Et comment ne pas évoquer, d'une part, l'exigence de justice qui se manifeste dans le fait de donner unicuique suum, et, de l'autre, l'attente de solidarité qui alimente en chacun, spécialement chez les personnes en difficulté, l'espérance d'une aide de la part de ceux que le destin a favorisés? Dans ces valeurs s'expriment des normes inéluctables et coercitives qui ne dépendent pas de la volonté du législateur ni du consensus que les Etats peuvent y apporter. Il s'agit en effet de normes qui précèdent toute loi humaine: en tant que telles, elles n'admettent d'interventions ni de dérogations de la part de personne.
Le droit naturel est la source dont jaillissent, avec les droits fondamentaux, également les impératifs éthiques qu'il est nécessaire de respecter. Dans l'éthique et la philosophie actuelle du Droit, les postulats du positivisme juridique sont largement présents. La conséquence est que la législation ne devient souvent qu'un compromis entre divers intérêts: on tente de transformer en droits des intérêts privés ou des désirs qui s'opposent aux devoirs découlant de la responsabilité sociale. Dans cette situation, il est opportun de rappeler que toute ordonnancement juridique, tant sur le plan interne qu'international, tire en ultime analyse sa légitimité de son enracinement dans le droit naturel, dans le message éthique inscrit dans l'être humain lui-même. Le droit naturel est, en définitive, le seul rempart valable contre l'abus de pouvoir ou les pièges de la manipulation idéologique. La connaissance de ce droit inscrit dans le cœur de l'homme croît avec le développement de la conscience morale. C'est pourquoi, la première préoccupation de chacun, et en particulier de ceux qui ont des responsabilités publiques, devrait être de promouvoir le développement de la conscience morale. Tel est le progrès fondamental sans lequel tous les autres progrès finissent par ne pas être authentiques. Le droit inscrit dans notre nature est la véritable garantie offerte à chacun pour pouvoir vivre libre et respecté dans sa dignité. Ce qui a été dit jusqu'à présent possède des applications très concrètes si l'on se réfère à la famille, c'est-à-dire à la «communauté profonde de vie et d'amour que forme le couple, [...] fondée et dotée de ses lois propres par le Créateur» (cf. Const. past. Gaudium et spes, n. 49). A cet égard, le Concile Vatican II a répété de façon opportune que le mariage est une institution «que la loi divine confirme», et donc «en vue du bien des époux, des enfants et aussi de la société, ce lien sacré échappe à la fantaisie de l'homme» (ibid.). Aucune loi faite par les hommes ne peut donc renverser la norme inscrite par le Créateur, sans que la société ne soit dramatiquement blessée dans ce qui constitue son fondement de base même. L'oublier signifierait fragiliser la famille, pénaliser les enfants et rendre précaire l'avenir de la société.
Je ressens enfin le devoir de réaffirmer que tout ce qui est réalisable sur le plan scientifique n'est pas pour autant licite sur le plan éthique. La technologie, lorsqu'elle réduit l'être humain à un objet d'expérimentations, finit par abandonner le sujet faible à la volonté du plus fort. Se fier aveuglément à la technologie comme unique garante de progrès, sans offrir dans le même temps un code éthique qui plonge ses racines dans cette même réalité qui est étudiée et développée, reviendrait à porter atteinte à la nature humaine, avec des conséquences dévastatrices pour tous. La contribution des hommes de science est d'une importance primordiale. Outre le progrès de nos capacités de domination sur la nature, les scientifiques doivent également contribuer à nous aider à comprendre en profondeur notre responsabilité envers l'homme et la nature qui lui a été confiée. C'est sur cette base qu'il est possible de développer un dialogue fécond entre croyants et non-croyants; entre théologiens, philosophes, juristes et hommes de science, qui peuvent offrir également au législateur des éléments précieux pour la vie personnelle et sociale. Je souhaite donc que ces journées d'étude puissent non seulement conduire à une plus grande sensibilité des experts à l'égard du droit moral naturel, mais qu'elles encouragent également à créer les conditions afin que l'on parvienne, sur ce thème, à une conscience toujours plus pleine de la valeur inaliénable que la lex naturalis possède pour un développement réel et cohérent de la vie personnelle et de l'ordre social. Avec ce vœu, je vous assure de mon souvenir dans la prière pour vous et pour votre engagement académique de recherche et de réflexion, tandis que je donne à tous avec affection ma Bénédiction apostolique.
L’Osservatore Romano (éd. Française), 20 février 2007
Déjà près de deux ans que l’idée mûrissait dans la tête de quelques-uns : passer une semaine dans le désert. Le projet se précisait : le désert du Hoggar en Algérie, la spiritualité du Père de Foucauld, une agence à Tamanrasset, un aumônier, l’abbé de Montjoye, qui révait d’un « raid-goum » grandeur nature. En décembre 2006, une douzaine de partants se réunissent autour de l’abbé Guimon qui leur fait partager sa passion contagieuse du désert et sa fascination pour Charles de Foucauld.
Un mois plus tard, vingt pèlerins sont prêts à mettre leur pas dans les traces de l’ermite du Hoggar. Malheureusement l’un d’eux infecté d’une méchante bactérie devait déclarer forfait l’âme en peine. C’est donc un groupe de dix-neuf qui se rassemble ce dimanche 28 janvier 2007 à 5 h. 30 dans le hall E de l’aéroport d’Orly : «jeunes» adultes de 40 à 57 ans, parents seuls ou en couple, quelques célibataires.
Quelques heures plus tard, l’avion atterrit à Tamanrasset : descente de passerelle sur un tarmac au milieu du désert, soleil resplendissant, 28°, le dépaysement est rapide. Après quelques deux heures de formalités, un cortège de cinq 4x4 emmène à vive allure (50 km/h) toute l’équipe vers Tamanrasset et le Bordj de l’agence (une sorte de motel).
Tamanrasset est une ville en pleine expansion : d’une quarantaine d’habitants sous des huttes à l’arrivée de Charles de Foucauld, la population est passée à 100.000 âmes ; des descendants des Touaregs côtoient des Arabes et des Africains noirs originaires des pays voisins ; une ville aux accents plutôt africains qu’algériens ; une université flambant neuve, des quartiers aux maisons cossues, financées par l’état, d’autres très pauvres, partout des maisons en construction mais déjà habitées.
Le premier repas pris ensemble est l’occasion d’un tour de table des participants : un bon noyau de paroissiens de Saint-André et de sympathiques électrons libres venus de Marseille, Carpentras, Nantes, Lille et de la région parisienne. Les motivations de chacun constituent un excellent cocktail : appel du désert, désir d’approfondir la spiritualité de Charles de Foucauld, « décrassage » physique et spirituel, mais aussi vacances, détente, joie de retrouver de vieux amis …Après le rituel de l’achat du chèche, nous nous retrouvons à « la Frégate », premier ermitage construit par Charles de Foucauld lorsqu’il décide de s’installer au milieu des Touaregs en 1905. Nous y sommes accueillis par une Petite Sœur du Sacré-Cœur, qui nous parle du « frère universel ». C’est là que l’abbé de Montjoye célèbre la première messe de notre expédition dans le Hoggar : le cœur à cœur avec Charles de Foucauld et avec Celui qu’il a tant aimé prenait une nouvelle dimension ; une paix sereine et réparatrice pouvait venir envahir nos âmes. De retour au Bordj, Abdelkader, le très sympathique et cultivé responsable de l’agence nous invite à nous installer sur des tapis, autour de quelques tables basses pour déguster un excellent couscous puis sacrifier au rite des trois thés à la menthe. La prière commune du soir et la bénédiction finale nous envoient vers une première nuit où les rêves de chevauchées fantastiques dans le désert sont contrariés par la dure réalité des ronflements de certains…
Lundi, jour du départ dans le désert, l’impatience pourrait nous gagner mais la nonchalance tranquille des Touaregs est contagieuse. Avant de prendre la direction du désert, Abdelkader nous a programmé la visite du fortin de Tamanrasset ; construit sur les instructions de Charles de Foucauld en 1916, c’est là qu’il trouva la mort le 1er décembre 1916, assassiné d’une balle dans la tête. Le fortin resté intact est aujourd’hui un musée en l’honneur de Charles de Foucauld.
Un peu plus tard, les cinq 4x4 se lancent sur les premières pistes et nous emmènent au point de rencontre avec les Touaregs qui nous accompagneront dans le désert. Ils sont cinq, quatre frères et un cousin, avec leurs vingt-et-un chameaux (dromadaires en fait). Tout le long du périple, ils seront pour nous attentionnés, patients, bienveillants, traçant le chemin, préparant les repas, répondant volontiers à toutes nos questions ; petit à petit une complicité amicale s’est instaurée.
Cinq jours de marche jusqu’à l’Assekrem. Le rythme de nos journées est simple : lever avec le soleil vers 7h00, petit déjeuner, prière du matin et topo spirituel, rassemblement et chargement des chameaux, deux à trois heures de marche au pas lent des chameaux - dont la première en silence pour la méditation -, halte repas, sieste, une à deux heures de marche l’après-midi, arrivée au bivouac vers 16h30. Puis c’est la messe, célébrée avant la tombée de la nuit (il fait nuit à 18h30) sur des autels de roches et de pierre qui évoquent l’Ancien Testament. Suit le goûter, un peu de temps libre, agrémenté de topos divers et variés (géographie, littérature : Psichari oblige ! …), dîner au clair de lune, veillée, complies et coucher vers 21h30 à la belle étoile ou sous la tente au gré de chacun.
Décrire les paysages traversés tiendrait de la gageure ; c’est fantastique, beaucoup plus varié qu’on ne l’imagine : sable rouge ou noir, granit, roches basaltiques, montagnes de rochers ciselés par les vents de sable, parfois un oasis, exceptionnellement un peu d’eau claire et fraîche comme dans un rêve. Traduire ce que l’on ressent dans le désert est impossible ; mais assurément, on s’y sent proche du Créateur, dans ce dénuement, cette sérénité, ce calme, loin de notre monde de fous.
Sur les traces du frère Charles de Jésus, nous avons adoré, demandé pardon et porté bien des intentions de prières, chaque jour répétées, avant la marche silencieuse. Le but de notre marche, c’est, bien haut perché, l’Assekrem, lieu mythique et pourtant bien réel que Foucauld choisit pour y construire un deuxième ermitage et où il vécut environ 5 mois. Des religieux présents depuis des années (l’un depuis 53 ans, l’autre depuis « seulement 24 ans !) nous parlent un peu de leur vie. Enfin, après le coucher du soleil, nous avons la grâce de célébrer dans l’ermitage la Purification. Bénédiction et distribution des cierges, suivie de la procession solennelle autour de la chapelle. « Lumen ad revelationem gentium et gloriam plebis tuae Israel » Le chant prenait une intensité singulière en plein pays musulman et à 2730m d’altitude. Puis messe à la lueur chandelles dans la chapelle, sobre et belle, propice au recueillement. Toute la nuit ceux qui voulaient purent y prolonger leur prière d’adoration et de supplication. Heures inoubliables !
Le lever du soleil sur l’Assekrem, celui dont on parle dans les livres et que l’on attend l’appareil de photos à la main n’est pas au rendez-vous; des nuages espiègles avaient décidé de le cacher, mais personne ne songe à récriminer. L’essentiel est ailleurs, dans l’ermitage où tous se rassemblent pour une messe matinale et fervente.
Avant de descendre rejoindre nos Touaregs pour le petit déjeuner, deux « frères de Jésus » qui vivent là nous invitent à partager le thé : échanges chaleureux où les cœurs battent à l’unisson pour louer la gloire de Dieu. Nous leur laissons nos intentions de prières : nous continuerons à prier les uns pour les autres.
Encore quelques kilomètres à crapahuter et nous rejoignons les 4x4 venus à notre rencontre. Sur la piste du retour, deux surprises nous attendent : l’arrêt dans une oasis où coule une eau claire, et la rencontre avec une équipe de télévision de France 5 qui souhaite interviewer ces pèlerins revenant de l’Assekrem.* L’après-midi s’est achevée dans les commerces de Tamanrasset et le soir un dernier couscous est servi dans la cour du Bordj. Royal ! Le dimanche fut réservé à notre dernière messe en territoire algérien, chez les Petites sœurs du Sacré-Cœur à côté de la Frégate.
Puis l’aéroport, les formalités, l’embarquement… L’avion décolle… Par le hublot un dernier regard sur ce désert que nous allons regretter. On revient de ce périple certainement l’âme enrichie, désireux de faire partager à nos proches nos souvenirs, notre bonheur. Et merci à Véronique et Jean-Richard TESSIER, grands organisateurs de cette belle aventure !
Puissions-nous, comme Charles de Foucauld, « faire de la religion un amour » (abbé Huvelin), centré sur l’Eucharistie, où nous rencontrons le Christ qui accomplit en sa personne les dons merveilleux de jadis : il est l’eau vive, la Pain du Ciel, le chemin, le guide, la lumière dans la nuit, le serpent élevé qui redonne vie à tous ceux qui le regardent, Celui en qui nous pouvons surmonter toutes les épreuves, Celui en qui se réalise la connaissance intime et parfaite de Dieu… Puissions-nous apprendre à aimer nos frères comme le Divin Modèle nous en a donné l’exemple ! Puissions-nous leur « crier l’évangile par toute [notre] vie » (Ch. de F.) promouvoir le règne du Christ, spécialement par l’apostolat de la Bonté « comme quand nous voulons ramener à Dieu un parent qui a perdu la foi » (id.) « Ce que vous aurez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à Moi que vous l’aurez fait » (Mt 35,40)
Cœur Sacré de Jésus, nous avons confiance en Vous. Bienheureux Charles de Foucauld, priez pour nous.
Des pèlerins
**Pour ceux qui disposent du câble ou du satellite, l’émission Echappées belles sur le Désert algérien devrait être diffusée sur France 5 pour la première fois le samedi 10 mars à 20h40 (à vérifier sur www.france5.fr)
Quand lui n'achève pas son travail, je me dis, il est paresseux.
Quand moi, je n'achève pas mon travail, c'est que je suis trop occupé, trop surchargé.
Quand il parle de quelqu'un, c'est de la médisance.
Quand je le fais, c'est de la critique constructive.
Quand lui tient à son point de vue, c'est un entêté.
Quand moi je tiens à mon point de vue, c'est de la fermeté.
Quand lui prend du temps pour faire quelque chose, il est lent.
Quand moi je prends du temps pour faire quelque chose, je suis soigneux.
Quand lui est aimable, il doit avoir une idée derrière la tête.
Quand moi je suis aimable, je suis vertueux.
Quand lui est rapide pour faire quelque chose, il bâcle.
Quand moi je suis rapide pour faire quelque chose, je suis habile.
Quand lui fait quelque chose sans qu'on le lui dise, il s'occupe de ce qui ne le regarde pas.
Quand moi je fais quelque chose sans qu'on me le dise, je prends des initiatives.
Quand lui défend ses droits, c'est un mauvais esprit.
Quand moi je défends mes droits, je montre du caractère…
P. Pierre Descouvemont