Eglise Saint André
22 Avenue de Verdun
94410 Saint Maurice
Bulletin Paroissiale
de la communauté attaché à la forme
extraordinaire du Rite romain
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Bulletin de janvier 2008







La prière

En ce début d’année, il m’a paru intéressant de proposer un thème général que nous pourrions développer au fil des mois dans les différentes rubriques du bulletin. La première idée qui s’est imposée à moi par son importance centrale dans notre vie chrétienne est la prière. Nous avons bien sûr déjà abordé ce sujet à de nombreuses reprises, dans les homélies, les récollections, les bulletins même, les conseils de direction ou de confession, mais nous pourrions dire de la prière comme le Père de Montfort disait de la Sainte Vierge :  « De Maria numquam satis ». De la prière on ne parle jamais assez.

Pour nous en convaincre, je citerai en exergue les premiers mots de l’Année Liturgique de Dom Guéranger : « La prière est pour l’homme le premier des biens. Elle est sa lumière, sa nourriture, sa vie même, puisqu’elle le met en rapport avec Dieu, qui est lumière, nourriture et vie ». Remarquons tout de suite que Dom Guéranger cherche d’abord à nous faire comprendre le bienfait de la prière. Nos devoirs vis-à-vis de Dieu ne sont pas oubliés, mais l’important est d’abord de saisir que seule la prière nous permet de répondre à notre vocation la plus profonde, seule la prière peut nous conduire au plein épanouissement de notre être. En inversant les termes de notre citation, nous pourrions dire que sans prière, nous restons dans les ténèbres, condamnés à l’atrophie et à la mort, sinon apparente, du moins réelle. Nous découvrons aussi dans cette riche citation le cœur de la prière, qui est de nous mettre en RELATION avec Dieu. La prière n’est pas une froide récitation de formules pieuses, elle n’est pas un repliement narcissique sur soi ou sur le néant, elle est « l’élévation de notre âme vers Dieu », comme nous l’apprenons au catéchisme. Elle est un vrai dialogue avec Dieu. Je Lui parle et Il me parle. Il me parle secrètement certes, mais si je sais ouvrir l’oreille de mon cœur, si je sais me recueillir, faire taire en moi les bruits du monde ou des passions déréglées, son murmure deviendra audible. Il se révèle souvent comme Il s’est révélé au prophète Elie, non dans le vent violent, ni dans le tremblement de terre, ni dans le feu, mais dans un murmure doux et léger, dans la brise légère. (cf 1 Rois 19,12). Voilà pour ceux qui disent un peu vite que la prière n’est pour eux qu’un fatiguant monologue !

La prière peut bien évidemment être difficile, voire douloureuse. Elle est le premier lieu du combat spirituel, celui dans lequel le démon aveugle bien des âmes. « Ma prière est trop sèche, elle ne vaut rien ». « Le Seigneur ne m’exauce jamais, c’est bien la preuve qu’Il n’écoute pas mes prières ou qu’Il ne les a pas pour agréables ». « J’ai trop de distractions, ce n’est pas pour moi ». « J’ai essayé et je n’ai pas réussi. A quoi bon continuer ». « Je n’ai pas le temps, je prierai plus tard ». Nous pourrions allonger ce genre de remarques. Comprenons derrières chacune que c’est le démon qui se frotte les mains. Dès qu’il réussit à convaincre une âme de s’éloigner de la prière, il sait que sa victoire se profile. Seule la miséricorde du Seigneur pourra rattraper les égarés.

Et ne croyons pas que les religieux, en particulier les contemplatifs, n’ont pas à lutter aussi dans ce domaine. Ils sont même aux premières lignes de ce combat redoutable et décisif. Quand on sait qu’une sainte Thérèse d’Avila a connu la plus terrible sécheresse spirituelle pendant treize années, que son héritière de Lisieux a traversé les mêmes épreuves les deux ans et demi qui ont précédés sa mort, que saint Jean de la Croix Docteur de la vie spirituelle est aussi le Docteur de la nuit de l’âme, on comprend qu’il ne faut pas être surpris des difficultés en ce domaine (quelles que soient les causes des difficultés que nous rencontrons, qui peuvent venir simplement de notre négligence…).

Retenons bien cette vérité: sans prière, sans VIE DE PRIERE, pas de vie intérieure ! On pourra aller à la messe, communier même, s’il n’y a pas autour une RELATION personnelle et vivante à Dieu, notre vie spirituelle ne « décollera » jamais. On se condamne à vivre honnêtement, quand Dieu nous appelle à vivre saintement, à répondre à son amour, à entretenir avec Lui un amour d’amitié (cf encyclique « Deus caritas est » de Benoît XVI). Et contrairement à ce que certains pensent malheureusement, il est beaucoup plus beau, joyeux et enthousiasmant de vivre saintement, du moins de tendre à cette qualité de vie, toute pénétrée d’un amour qui nous dépasse, nous attire, nous emplit, nous relève, que de se calquer sur un moralisme désincarné.

Il ne suffit donc pas de « prier », encore faut-il remplir notre prière, l’animer, c’est-à-dire lui donner une âme, un souffle, une présence. « Adorer en esprit et en vérité » disait notre Seigneur (cf Jn 4,23). Seul l’Esprit-Saint, Esprit commun du Père et du Fils, peut nous apprendre à prier et prie en nous si nous lui laissons la place, si nous collaborons à son action.

Je voudrais aujourd’hui attirer l’attention sur les prières du matin et du soir. Combien de chrétien les négligent de façon plus ou moins criante, persuadés que ce n’est pas si important. Qu’est-ce qu’une petite prière le matin ou le soir en plus ou en moins ?

C’est à la fois peu de chose et beaucoup. Peu de chose car cela ne nous empêche honnêtement pas de vaquer à nos occupations. Sur quatre-vingt-quinze quarts d’heure que comporte une journée, si nous en consacrons, ne serait-ce qu’un au Seigneur (c’est peu !), il nous en reste quatre-vingt quatorze pour le repos, le travail, les repas, la détente… Avouons que le prétexte : « Je n’ai pas le temps ! » n’est pas convaincant, ni le matin, ni le soir. On peut toujours faire ne serait-ce qu’une brève offrande de la journée le matin, avec un beau signe de croix et une courte prière dans laquelle nous cherchons à mettre tout notre cœur, et le soir une prière un peu plus longue. Ne nous contentons pas d’un simple Pater et de quelques Ave. Ce qui peut suffire à cinq ans ne nourrit pas une vie spirituelle quand on a quinze ans ou soixante ans.

Nous pouvons nous aider de différentes formules de prières toutes faites, puisées dans nos missels ou livres de prières. La récitation de l’angelus matin midi et soir est une bonne manière de sanctifier notre journée, et permet d’ancrer facilement une bonne habitude qui sera un soutien et un levier pour notre prière . Le chapelet avec la méditation, même brève, des mystères nous conduit insensiblement de la prière vocale à la prière mentale, à la méditation. Il est bon de s’unir aussi à la prière officielle de l’Eglise, en utilisant telle ou telle partie de l’Office Divin : hymne, psaumes, capitule, répons, oraisons de l’office de matines, prime, laudes, vêpres ou complies. Le choix est vaste et permet de varier selon les jours. N’oublions pas en priant les psaumes qu’ils sont avant tout Paroles de Dieu Lui-même mises sur nos lèvres. Ils ont aussi l’avantage de pouvoir être dits en chœurs alternés, ce qui peut être profitable dans le cadre de la prière familiale.

N’oublions pas que si nous avons une prière commune – en famille, en couple – celle-ci ne remplacera jamais tout à fait une prière personnelle, dont nous avons absolument besoin, notre relation à Dieu étant aussi personnelle. Cette prière plus personnelle prendra généralement la forme de l’oraison mentale, ou de la lectio divina.

Comment dire cette prière du matin et du soir ? L’idéal est d’avoir un coin-prière dans la maison ou dans sa chambre. Peut-on prier au lit ? La réponse est assez évidente : ce n’est pas l’idéal, surtout si l’on est dans une position propice au sommeil, mais c’est évidemment mieux que rien. Il faudrait privilégier tout de même dans ce cas la position assise. Il faut toujours veiller à prier avec « respect, attention et dévotion », comme le demandait une belle prière de l’Eglise avant de réciter l’office Divin.

Les obstacles et dangers sur ce chemin de la prière sont hélas nombreux. L’habitude contraire déjà ! C’est un poids qu’on n’imagine pas. « Je n’ai jamais fait ma prière du matin jusqu’à présent, ce n’est pas maintenant que je vais commencer ! ». C’est le démon de la paresse qui se glisse de façon subtile, pour nous faire renoncer à cette prière, sous différents prétextes, ou pour nous la faire remettre à plus tard. En rapport avec ce poids de l’habitude contraire, se présente aussi la peur du « qu’en dira-t-on ? », qui paralyse même au sein de la famille, même au sein du couple. Le lâche respect humain dont on n’est pas fier en confession.

Autre obstacle qui risque de nous barrer la route d’une vraie vie spirituelle : notre superficialité. Lorsque nous mettons dans une balance sur un plateau la télévision, l’ordinateur, le travail, les sorties, la famille, le repos, et sur l’autre plateau l’impérieuse nécessité de la prière, voyons où penche habituellement la balance… Il est à craindre qu’elle penche rarement du côté de la prière. C’est le moment de relire pour nous la parabole du semeur. Et ne nous prenons pas toujours pour la bonne terre !

Autre obstacle : notre orgueil, qui nous empêche de reconnaître nos errements, nos négligences… Il n’est pas humiliant de reconnaître devant Dieu sa misère, puisqu’Il veut nous en relever. Mais il est stupide de s’enfermer dans cette misère, de s’accrocher à nos lâchetés, et il sera plus qu’humiliant de ne les reconnaître qu’au jour du jugement devant le tribunal de Dieu et toute la cour céleste.

Proche de l’orgueil est l’illusion qui nous guette. Elle voudrait nous faire croire qu’une vie honnête suffit. Si les exemples existent de braves gens et même de grands pécheurs sauvés in extremis des flammes de l’enfer par la miséricorde de Dieu, les prières d’un parent ou de proches, un « je vous salue Marie » qu’ils ont récité chaque jour malgré les désordres de leur vie, etc. n’oublions pas qu’ils ont éprouvé un sincère regret d’avoir vécu loin de Dieu et de son Amour, dans l’indifférence ou la haine. Ce n’est que moyennant ce regret sincère qu’ils ont pu mériter le pardon. Mais celui qui vit dans la tiédeur et qui meurt dans la tiédeur sans se repentir, Dieu nous avertit qu’Il le vomissait de sa bouche (cf Apocalypse 3,16). Ne prenons donc pas pour une solution acceptable ce qui est une négligence coupable.

Les remèdes existent heureusement pour nous tirer vers le haut. Citons brièvement quelques uns qui sont mis à notre disposition : la retraite REGULIERE (cinq jours, disait Marthe ROBIN). Les moines eux-mêmes en éprouvent le besoin. Nous en avons au moins autant besoin qu’eux. Les propositions sont nombreuses, mais pour beaucoup une retraite selon les exercices spirituels de saint Ignace marquera le début d’une vie nouvelle. Autre remède : la confession fréquente et la direction spirituelle, en mettant en lumière notre vie de prière, ses difficultés, mais aussi ses joies, nos résolutions, nos désirs, nos projets. Ne négligeons pas enfin la lecture des maîtres spirituels, d’abord ceux que l’Eglise recommande particulièrement (les Docteurs de l’Eglise en premier lieu), ensuite tous ceux qui peuvent nous aider et dont la doctrine est sûre. L’essentiel dans ce domaine n’est pas d’accumuler les lectures jusqu’à l’indigestion, mais de les assimiler, de le ruminer, et d’y revenir si elles nous ont nourris substantiellement.

Enfin, pour terminer, n’oublions pas de prier le Seigneur, comme les apôtres : « Seigneur, apprends-nous à prier » (Luc 11,1)

Abbé H. de MONTJOYE

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Quelques livres de référence sur la prière ou la vie spirituelle :

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Quelques sites internet à découvrir sur la prière :

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LE GRAND MOYEN DE LA PRIERE (Saint Alphonse de Liguori)

INTRODUCTION

J'ai fait paraître divers ouvrages de spiritualité. Mais j'estime n'avoir rien composé de plus utile que ce petit livre où je parle de la prière, moyen indispensable et sûr d'obtenir le salut éternel et toutes les grâces dont nous avons besoin.

Je n'en ai pas la possibilité, mais si je le pouvais, je voudrais imprimer autant d'exemplaires de ce livre qu'il se trouve de fidèles vivants sur la terre et les distribuer à chacun d'eux, afin que tous comprennent la nécessité où nous sommes tous de prier pour nous sauver.

Je dis cela parce que je vois d'une part cette nécessité absolue de la prière tellement inculquée par toutes les Saintes Ecritures et tous les Saints Pères ; et que je vois, au contraire, les chrétiens se préoccuper bien peu d'utiliser ce grand moyen de leur salut. Et ce qui m'afflige le plus c'est de voir que les prédicateurs et confesseurs se soucient peu d'en parler à leurs auditeurs et à leurs pénitents, et je constate que même les livres spirituels qui sont aujourd'hui entre les mains des fidèles n'en parlent pas assez non plus. Alors que tous les prédicateurs et confesseurs ne devraient pourtant rien conseiller avec plus de soin et de conviction que la prière.

Certes ils recommandent bien aux âmes tant de bons moyens pour rester dans la grâce de Dieu : la fuite des occasions, la fréquentation des sacrements, la résistance aux tentations, l'écoute de la Parole de Dieu, la méditation des vérités éternelles et autres moyens qui sont tous, sans aucun doute, très utiles, mais à quoi servent, je vous le demande, les méditations et tous les autres exercices indiqués par les maîtres spirituels sans la prière, alors que le Seigneur a déclaré qu'il ne veut accorder ses grâces qu'à ceux qui prient ? « Demandez et vous recevrez ! ».

Sans la prière, selon la conduite ordinaire de la Providence, toutes nos méditations, résolutions et promesses resteront inutiles. Si nous ne prions pas, nous serons toujours infidèles à toutes les lumières reçues de Dieu et à toutes les promesses que nous aurons faites.

La raison en est que, pour faire à chaque instant le bien, pour vaincre les tentations, pratiquer les vertus, bref pour observer les commandements et conseils divins, il ne suffit pas des lumières reçues, ni des réflexions faites et des résolutions prises, mais il y faut de plus le secours actuel de Dieu. Or, ce secours actuel, comme nous le verrons, Dieu ne l'accorde qu'à ceux qui prient et qui prient avec persévérance.

Les lumières reçues, les réflexions faites et les résolutions prises servent à ceci que dans les dangers et tentations de manquer à la loi de Dieu, nous recourions actuellement à la prière et obtenions la grâce qui nous préserve du péché, tandis que, si alors nous négligions de prier, nous serions perdus.

J'ai voulu, cher lecteur, vous révéler d'emblée ma pensée sur ce que je vais écrire, en sorte que vous rendiez grâce au Seigneur qui, par ce petit livre, vous offre la grâce d'une réflexion plus approfondie sur l'importance de ce grand moyen de la Prière, puisque tous ceux qui font leur salut (s'agissant des adultes) ne se sauvent ordinairement que par cet unique moyen. C'est pourquoi je dis : rendez grâce à Dieu, car c'est une grande miséricorde qu'il fait de donner lumière et grâce pour prier.

J'espère que vous, frère bien-aimé, après avoir lu ce petit livre, vous ne négligerez plus désormais de recourir toujours à Dieu par la prière, quand vous serez tenté de l'offenser. Si jamais, de par le passé, votre conscience s'est trouvée chargée de nombreux péchés, reconnaissez que telle en fut la raison : la négligence à prier, à chercher près de Dieu le secours pour résister aux tentations qui vous assaillaient.

Je vous prie donc de lire et relire attentivement cet ouvrage, non parce que c'est mon oeuvre mais parce que c'est un moyen que le Seigneur vous offre pour votre salut éternel et qu'il vous donne à comprendre par là, d'une manière toute spéciale, qu'il veut vous sauver.

Après l'avoir lu, je vous prie de le faire lire à d'autres (selon que vous le pourrez), amis ou relations, avec qui vous aurez l'occasion de parler.

Maintenant commençons au nom du Seigneur !

L'Apôtre Paul écrivait à Timothée : « Je recommande donc, avant tout, qu'on fasse des demandes, des prières, des supplications, des actions de grâces... » ( 1 Tm 2, 1 ).

Saint Thomas explique que la prière est proprement l'élévation de l'âme vers Dieu.

Quand la prière demande des choses précises, on l'appelle justement demande ; si elle vise des choses indéterminées (comme par exemple lorsque nous disons : Seigneur, viens à mon aide), on l'appelle supplication. Quant à l'obsécration, c'est une pieuse adjuration ou objurgation pour obtenir la grâce, comme quand nous disons : « Par ta Croix et ta Passion, délivre-nous, Seigneur ! » Enfin, l'Action de grâces est le remerciement pour les bienfaits reçus. « Par quoi, dit saint Thomas, nous méritons d'en recevoir de plus grands ».

Au sens restreint, dit le saint Docteur, la prière est le recours à Dieu, mais pris en général, elle inclut tous les autres aspects que nous venons d'indiquer, et c'est ainsi que nous l'entendrons chaque fois que nous emploierons par la suite ce mot de prière.

Pour nous affectionner vraiment à ce grand moyen de notre salut qu'est la Prière, il faut avant tout considérer combien elle nous est nécessaire et combien elle est efficace pour nous obtenir de Dieu les grâces que nous désirons, si nous savons les demander comme il faut. Nous parlerons donc, dans cette première partie, de la nécessité et de la valeur de la prière, et puis des conditions pour qu'elle soit efficace auprès de Dieu. Ensuite, dans la seconde partie, nous démontrerons que la grâce de la Prière est donnée à tous ; nous traiterons là aussi de la manière ordinaire dont agit la grâce. (à suivre …)

A suivre...

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La pudeur

La pudeur de Jésus transparaît tout au long de l'Évangile. Cet effacement protège l'intimité de sa relation aux siens et à son Père.

Qu’est-ce que la pudeur ? Un mouvement du corps et de l'esprit qui s'oppose au dévoilement d'une région du corps, d'un sentiment, d'un souvenir ou d'une idée, afin de le garder secret. Ce qui doit rester voilé, c'est ce qui ne peut pas se dire en sa totalité. Une vérité qui ne peut être réduite à l'apparence ou à la vanité de l'image et qui réclame de s'exprimer d'une autre manière, par la symbolisation et par la parole.

La pudeur n'est pas synonyme de la dissimulation. Ces deux sentiments cousinent par leurs manifestations extérieures, mais ils se déploient à fronts renversés. La pudeur a peur du mensonge, la dissimulation, de la vérité. La pudeur redoute qu'on se méprenne sur son secret. La dissimulation craint qu'on voie trop clair sur son secret. La première tremble d'être jugée suivant les apparences. La seconde appréhende d'être jugée selon la vérité. La première se voile. La seconde se cache.

La pudeur n'est pas à confondre avec l'inhibition, qui est une maladie de la relation. La pudeur constitue au contraire une qualité de relation. Elle conduit cette dernière par le chemin de la réserve jusqu'au mystère de la personne.

Jésus a-t-il été pudique? À lire de près les Évangiles synoptiques, on en est vite convaincu. Pas une seule fois, le mot amour n'est employé par Marc, Luc ou Matthieu à propos de l'amour de Jésus! Jamais Jésus, dans ces trois évangiles, n'est le sujet du verbe "aimer", à la première personne du singulier. La discrétion inhérente à la pudeur impose à l'amour un voile pour ne pas se livrer trop vite. Le pudique ne veut pas tout donner, tout de suite, de son amour, non par avarice, ni parce que l'autre est indigne d'être aimé, mais pour permettre à l'amour de parvenir à l'intimité. La pudeur est ennemie de la précipitation. Elle proscrit le déballage et l'effraction. Le secret messianique que Jésus impose à ses proches, découle de cette pédagogie de la durée. L’amour de Jésus consent à se taire jusqu'à l'heure de sa pleine manifestation au Calvaire, et ainsi mieux la préparer.

La pudeur de Jésus transparaît depuis sa vie cachée à Nazareth, jusque dans ses solitudes au désert ou dans la nuit de la montagne. Cet effacement protège l’intimité de sa relation aux siens et à son Père.

La pudeur s'inscrit dans la forme du message de l'Évangile autant que dans le fond. Parmi les procédés littéraires qui permettent de dire les choses sans les nommer, l'emploi des verbes à la voix passive met discrètement Dieu en avant. À la formulation expressive « Dieu pardonne tes péchés », l'Évangile préférera: «Tes péchés sont pardonnés.» Dans le Sermon sur la montagne, les Béatitudes s'égrènent au passif. Dieu n'est pas nommé (<< heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés») (Mt 5,5). De même, dans le discours parabolique, le personnage central qu'est Dieu, n'est jamais cité.

Avec quelle pudeur, Jésus parle de son Père! Et cette pudeur, tout à la fois cache et révèle l'amour qu'il lui porte. Lorsque Jésus s'ouvre de son amour pour le Père, il en parle en passant, au détour d'une phrase, comme s'il était poussé, à cause de sa fin prochaine, d'en révéler le message. « Que le monde sache que j'aime mon Père! » (Jn 14, 31). Au moment où le Christ prononce ces confidences, l’évangile de Jean souligne l'émotion qui gagne le Maître, jusqu'à l'empêcher de poursuivre son discours. Jésus coupe court à son aveu: «Levez-vous, partons d'ici» (14,31). L'émotion a besoin de l'écrin du silence pudique.

Dans l'épisode de la femme adultère (Jn 8, 1-11), la pudeur de Jésus l'amène à se "baisser", c'est-à-dire à ne pas rencontrer le regard de cette femme souillée par son inconduite. Tous les regards accusateurs qui la condamnent déjà, sont braqués, non plus sur elle, mais sur la main de Jésus qui écrit sur le sol la loi du Testament Nouveau. Celle-ci a détourné l'attention de chacun vers son propre cœur, pour y découvrir de quoi être rempli de honte. «Que celui qui est sans péché, lui jette la première pierre!» Les questions de Jésus sont d'une extrême pudeur, aucune ne concerne l'adultère, aucune ne porte sur la vie privée, ni sur la culpabilité blessée de cette femme. La voici délivrée du piège tendu par ses accusateurs. La femme adultère va se retrouver seule, face à Jésus, au milieu du Temple, comme le notait le début du récit de Jean (8, 2), c'est-à-dire au cœur d'une relation restaurée avec Dieu. La pudeur du Christ l'a conduite jusqu'au cœur miséricordieux de Dieu. «Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et désormais, ne pèche plus!»

Face au voyeurisme et à l'exhibitionnisme, à l'affichage des obscénités, à l'étalage vulgaire et banalisé des corps et des sentiments qui ont cours aujourd'hui dans les médias et la publicité, jusqu'à profaner la dignité de la personne, la pudeur du Christ nous enseigne le respect et la défense de l'intimité. Elle nous libère des violences et des agressivités que l'homme génère, lorsqu'il en vient à oublier son propre mystère.

Mgr Rey, évêque de Fréjus-Toulon.

(tiré du mensuel « Il est Vivant » n°243 – novembre 2007, pp. 38-39)


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